Le conflit au Soudan du Sud s’enlise dans sa troisième année

Le 15 décembre signe la troisième année du conflit qui rage dans le Soudan du Sud. La situation est critique, selon les ONG locales.

La flambée des violences semble inéluctable au Soudan du Sud, alors que le pays vient d’entamer jeudi sa quatrième année de guerre civile. La Commission sur les droits de l’Homme des Nations unies sur place parle même d’un “nettoyage ethnique” et a recommandé mercredi l’envoi de 4000 hommes supplémentaires pour protéger les civils.

La population, profondément meurtrie, se trouve dans une situation humanitaire critique. Il y a plusieurs zones qui sont proches de la famine, il y a des problèmes de protection des civils, de violences sexuelles, des cas de choléra…, alerte Emilie Poisson, ancienne directrice de programme de l’ONG Acted au Soudan du Sud.

Les affrontements ont fait des dizaines de milliers de morts depuis le début du conflit, le 15 décembre 2013. 1,8 million de personnes ont été déplacées. Entre 150 000 et 200 000 d’entre elles sont toujours réfugiées dans les bases des Casques bleus.

Un conflit à l’origine politique

Au coeur des hostilités, une rivalité personnelle entre les deux hommes forts du pays : le président Salva Kiir et son ancien vice‐président Riek Machar, qu’il a évincé en juillet 2013. Quelques mois plus tard, en décembre, ce dernier riposte par une tentative de coup d’État. Après des heurts entre leurs partisans dans la capitale Juba, la guerre s’étend progressivement au reste du pays.

Cette semaine, Salva Kiir a appelé au dialogue national”. Des paroles vides de sens, pour Emilie Poisson : “Vu le nombre d’échecs des tentatives de résolution, l’espoir que cela fonctionne est relativement faible.” En avril, Riek Machar était revenu d’exil pour tenter de former un gouvernement d’union nationale. En vain : les frictions n’ont pas cessé et de graves massacres ont eu lieu début juillet. Malgré les avertissements des Nations unies, la situation du Soudan du Sud suscite peu d’émotions dans la communauté internationale. Pour Marc Lavergne, directeur de recherche au CNRS, “il n’y a rien à attendre de l’ONU ou des Etats‐Unis, qui ont voulu l’indépendance de ce pays et n’ont rien fait pour assurer une transition.”