Quand les fake news prennent le pas sur les vrais médias

Les sites diffusant de fausses informations ont gagné en puissance grâce aux réseaux sociaux, jusqu'à influencer les élections américaines. 

James Haskell, joueur de rugby anglais, est “mort” d’une overdose de drogues — ou de stéroïdes, c’est au choix. Avant de ressusciter samedi dernier, pour démentir cette rumeur sur sa page Facebook. « Tout cela est un piège à clics, prévient‐il dans une vidéo qui compte déjà près de 50.000 vues. Je ne suis ni mort, ni drogué. Pour ceux d’entre vous qui sont sceptiques, je vous dis que nous sommes tout le temps testés, et pour ceux d’entre vous qui espéraient ma mort, je vous souhaite plus de chance la prochaine fois. »

Comme toutes les fake news (les fausses informations), la rumeur de la mort de James Haskell s’est diffusée via les réseaux sociaux. Une intox qui rappelle celle du “Pizzagate” : une pizzeria de Washington soupçonnée (grâce à une supposée “enquête citoyenne”) d’organiser un réseau pédophile souterrain, et ce avec le soutien du camp d’Hillary Clinton. L’histoire s’était répandue du forum 4chan jusqu’à Facebook, en provoquant un effet “boule de neige”. Qui a finit par dépasser les frontières du virtuel : un jeune homme de 28 ans, Edgar Maddison Welch, était tellement convaincu de la véracité de l’histoire qu’il a décidé le 4 décembre de faire irruption dans la pizzeria, mitraillette en main, pour “sauver” les victimes de ce faux réseau d’esclavagisme sexuel.

Les réseaux sociaux, Facebook en premier, multiplient l’audience de théories jusque‐là circonscrites aux forums conspirationnistes. Le site Ending the Fed, qui imite la forme de véritables sites d’informations, rassemble près de 360.000 abonnés sur Facebook. Parmi ses posts les plus récents et les plus commentés, le “témoignage” d’un ancien du FBI, qui affirme que la “vaste majorité” des mosquées des Etats‐Unis étaient impliquées dans des réseaux djihadistes. Ou encore un post qui promet de révéler “le plan maléfique des musulmans pour renverser l’Amérique”.

Les fake news plus lues que les vraies

“Ending The Fed” est parvenu à se créer une fausse crédibilité grâce à une audience appuyée. Pendant la campagne des élections américaines, le site Buzzfeed a comparé le nombre de personnes atteintes par les médias traditionnels et par les sites de fake news. Le résultat ? Les sites de fake news touchent une audience plus large, et ce en pleine période d’élection.

Pour certains analystes, le poids de ces fake news était tel qu’il a influencé le résultat de l’élection et favorisé la victoire du républicain Donald Trump. Si elle n’a pas pas directement lié sa défaite aux fake news, sa rivale, la démocrate Hillary Clinton, n’a pas hésité à dénoncer la puissance de tels sites :

Laissez moi rapidement vous parler d’une menace qui concerne tous les Américains : l’épidémie de fausses informations qui ont inondé les réseaux sociaux toute cette année. Il est maintenant clair que ces soi‐disant fausses infos ont des conséquences dans le monde réel .(…) Il y a des vies en jeu. C’est un danger qui doit être traité, et traité rapidement.

Pour l’instant, rien n’est fait du côté de Facebook. “Il y a de nombreuses histoires publiées sur Facebook, a expliqué l’un des portes‐paroles de la plateforme à Buzzfeed. On a peut‐être l’impression que ces fausses histoires sont partagées en masse, mais elles ne représentent qu’une petite fraction du total des posts existants.”

Le phénomène s’est aussi exporté en France. De nombreux sites d’extrême-droite ont diffusé un surnom bien particulier pendant la primaire : celui d’ “Ali Juppé”. Une manière de dénoncer les supposées connivences d’Alain Juppé, ex‐candidat à la primaire, avec le milieu islamiste.