Contraception : un retour au naturel risqué

La contraception naturelle revient à la mode suite au scandale des pilules en 2012. Une méthode qui n’est pas sans risque.

Surtout, ne parlez pas de la pilule à Célia Galstaun. Depuis un an et demi, la jeune femme de 25 ans ne prend plus aucun moyen de contraception hormonal. Pas par conviction religieuse, mais par souci de santé.

Embolie, accident vasculaire, thrombose… Les risques liés aux pilules de 3e et 4e générations ont été révélés en 2012. De nombreuses Françaises ont cherché un autre moyen de contraception suite à ce scandale. Une enquête de l’Inserm de 2013 montre que le recours à la pilule est passé de 50 % en 2010 à 41 % en 2013. « Beaucoup de femmes nous disent qu’elles ne veulent plus d’hormones », confirme Gwenaëlle Grezel, animatrice au centre de Planning familial de Bordeaux.

Sur Internet, les conseils et témoignages de femmes ayant renoncé à la pilule affluent. « Je n’en pouvais plus de la pilule. J’ai découvert la symptothermie sur Google », explique Célia, membre du groupe éponyme sur Facebook.  Derrière ce mot se cache l’une des méthodes de contraception naturelle. Le principe : éviter tout rapport sexuel non protégé pendant sa « période de fécondité ». Comment la repérer ? En observant la texture de ses pertes qui change au moment de l’ovulation (méthode Billings), en faisant des calculs à partir des cycles menstruels précédents (méthode d’Ogino), en prenant sa température chaque matin… Preuve de son succès : en un an, la communauté Symptothermie est passée de 1000 à 5000 membres.

Reprendre le contrôle de sa santé

« Avec la pilule on n’écoute pas son corps, alors qu’on devrait apprendre dès l’adolescence à le comprendre », estime Célia, qui utilise cette méthode depuis un an et demi. Tout comme Eugénie Tabi, 33 ans, “symptothermiste“ depuis presque un an. « Je n’avais aucune notion de ce qui se passait dans mon corps. Maintenant je sais pourquoi je suis fatiguée à tel moment du cycle », raconte-t-elle. Ce regain d’intérêt pour les méthodes naturelles traduirait le besoin de ne plus être dépendantes du corps médical. « Des femmes qui connaissent leur corps sont autonomes et n’ont besoin de personne. Ce sont moins de profits pour le lobby des gynécologues », affirme Eugénie.

Attention aux risques

Gwenaëlle Grezel est plus nuancée : pour elle, beaucoup de femmes venant au Planning familial ne se sentent pas assez « écoutées » par leur gynécologue. « Il leur prescrit la pilule sans prendre le temps d’en parler avec elles. Au Planning, on cherche ce qui leur convient le mieux. Ce qui va à une femme ne va pas à une autre. »

Mme Grezel tient à le rappeler : « Aucune méthode de contraception n’est efficace à 100 %, mais surtout les méthodes naturelles le sont encore moins que la pilule ou le stérilet ». Louis Cholet, médecin généraliste à Paris, met lui aussi en garde : « C’est bien connu, la méthode Ogino fait la fortune des accoucheurs. Seuls les contraceptifs hormonaux ou le stérilet cuivre sont réellement fiables. » Au planning familial de Marseille, une animatrice — restée anonyme — témoigne : « Hier, deux femmes sont venues me voir pour un avortement. Elles utilisaient une application sur leur téléphone comme moyen de contraception. »

Ophélie Marien