The Man in The High Castle : pourquoi les séries aiment tant les dystopies ?

La sortie de la deuxième saison de The Man in The High Castle s'ajoute à la liste grossissante de séries qui imaginent le pire pour notre société. Un intérêt commercial mais aussi politique.

Que seraient les États-Unis si Adolf Hitler avait gagné la Seconde Guerre mondiale ? The Man in the High Castle en V.O (Le Maître du Haut Château, adaptation du roman de Philip K. Dick), imagine la réponse. Une mise en scène du pire qui a séduit Amazon, qui vient d’ouvrir sa plateforme de streaming en France, puisque la série entame sa seconde saison vendredi. The Man in the High Castle n’est pas la première série à imaginer notre société sous la pire de ses formes. Westworld (HBO), 3% (Netflix), ou encore Trepalium sur Arte, ont toutes en commun d’imaginer des sociétés futuristes (des uchronies ou des dystopies, sous-genres de la science-fiction) où la condition de l’homme est en danger.

Un succès qui peut s’expliquer pour plusieurs raisons. La première peut être économique. Le succès des histoires du type au box-office (Hunger Games, Divergente, Le Labyrinthe) a pu influencer les producteurs de séries. “Le cinéma permet un peu de tâter le terrain pour certaines histoires”, explique Mathilde Voisin-Houriez, spécialiste d’histoire travaillant sur la série Trépalium. Un terrain conquis, puisque les films sur le thème ont généré jusqu’à 3 milliards de dollars de recettes au box-office.

Au-delà de l’aspect rentable, les séries sur les dystopies ou les uchronies sont issues d’une mouvance plus courante, qui touche au genre. “Notre époque est marquée par un escapism” nécessaire, avec des histoires qui permettent de quitter le quotidien, analyse Pierre Langlais, journaliste à Télérama et spécialiste des séries. Mais les séries qui touchent à la dystopie nous font quitter le quotidien tout en nous y enfonçant. Leur but, c’est de raconter notre monde, évalué de façon différente.”

La dystopie, une fiction engagée

Avec, au final, un message politique propre au genre. “La science-fiction est presque politique par définition, rappelle Mathilde Voisin-Houriez. Dans les années 70–80, les auteurs du genre ont eu tendance à complexifier leur propos et donner une tournure plus engagée, plus politique. La dystopie a un côté lanceur d’alerte”.

Quelle alerte, alors, est lancée à travers The Man in The High Castle, qui imagine un monde passé qui n’a jamais existé ? Pierre Langlais fait le lien avec les bouleversements politiques connus à travers le monde. “On est en droit de se demander si, dans l’Amérique de Trump on n’en vient pas à se poser les mêmes questions, explique-t-il. Évidemment, Donald Trump n’est pas nazi. Ce qu’on analyse, c’est comment les soubresauts de l’Histoire peuvent avoir des conséquences toutes autres. Les contre-utopies ont la capacité à tendre les mêmes miroirs que ceux des films historiques, mais déformés, encore plus grossissants et plus à même de traduire nos angoisses contemporaines.”

Des miroirs grossissants à la longévité dont on ne peut pas douter. “Ces histoires restent un moyen d’exprimer la violence du monde contemporain, analyse Pierre Langlais. Le fait que les séries adoptent ces thèmes, c’est une alternative à ces histoires prises à bras le corps du documentaire et que la fiction télé a du mal à faire. Une série sur une famille de syriens qui fuit la guerre et embarque sur un bateau gonflable à travers la Méditerranée, le documentaire le fait très bien, mais pas la fiction. C’est trop brutal.”  Si la science-fiction marche en série, la réalité, elle, a encore du mal à attirer les spectateurs.

La science-fiction du pire a inspiré les séries en 2016

Westworld

Dans une société futuriste difficile à identifier, une nouvelle attraction inhumaine s’est créée. La série diffusée sur la chaîne américaine HBO décrit un monde rempli de robots à forme humaine, qui incarnent, tous les jours, des personnages de l’Ouest américain du XIXè siècle. Un monde où les visiteurs peuvent tout se permettre, de l’expérience du western classique à la barbarie du viol et du meurtre.

3%

La série brésilienne qui vient d’arriver sur Netflix utilise le thème de la division de la société. D’un côté, le Offshore, où les riches (qui représentent 3% de la société) vivent dans la prospérité. De l’autre, le Continent, un lieu ravagé par la pauvreté. Mais ses habitants ont une chance de s’en sortir : ils peuvent passer un examen pour rejoindre l’Offshore. Mais là aussi, il y a une limite. Seulement 3% d’entre eux peuvent réussir le test.

Trepalium

Et si le travail était un indice pour classer les membres d’une même société ? C’est ce qu’imagine la série française Trepalium, diffusée sur Arte en Février dernier. Dans la série, les citoyens sont divisés en deux sociétés : ceux qui ont un emploi et ceux qui n’en ont pas. Izia, une des habitantes de la zone des sans emploi, se voit proposer une opportunité en or : celle de travailler dans la Ville, où tous les actifs sont regroupés, afin d’être une employée modèle pour le gouvernement.