Barack Obama, adversaire des lanceurs d’alerte

Quelques jours avant de quitter la Maison blanche, Barack Obama a annoncé qu’il commuait la peine de Chelsea Manning. Une clémence inattendue et très éloignée de sa politique envers les lanceurs d’alerte.

La plus grande menace pour la liberté de la presse de cette génération.” C’est ainsi que James Risen, reporter au New York Times, qualifiait Obama en 2014. Un jugement sans appel, et d’autant plus surprenant que le 44e président des Etats-Unis n’est pas vraiment considéré comme un dictateur. Et pourtant… Si Barack Obama vient juste de commuer la peine de Chelsea Manning, qui devrait sortir en mai prochain de la prison militaire où elle est enfermée dans des conditions inhumaines selon l’ONU, il mène depuis son arrivée au pouvoir un combat féroce contre les lanceurs d’alerte.

Chelsea Manning, autrefois membre de l’armée américaine, a été condamnée à 35 ans de prison en 2013 pour avoir transmis au site WikiLeaks des informations confidentielles dévoilant notamment les pratiques des troupes américaines en Irak. Manning avait été inculpée en vertu d’une loi centenaire, l’Espionage Act de 1917, qui criminalise notamment le fait de transmettre des informations dans l’intention de nuire au succès des forces armées. Très contestée, l’Espionage Act a été utilisée onze fois au cours de son histoire. Or, sous le mandat d’Obama, elle a été invoquée plus souvent que sous tous ses prédécesseurs réunis. Au total, ce sont huit lanceurs d’alerte qui ont été inculpés en vertu de cette loi, à tel point que certains ont parlé de nouveau maccarthysme.

En 2016, les Etats-Unis avaient perdu 21 places par rapport à 2009 dans le classement annuel de Reporters Sans Frontières. Alors que le candidat démocrate en campagne promettait plus de transparence dans le fonctionnement du gouvernement, 76,7 millions de documents étaient classifiés en 2010 contre 23,8 millions quand George W. Bush a quitté la Maison blanche, d’après le journaliste Andy Greenberg. Une obsession du secret qui fait aussi partie de l’héritage Obama.

Mahaut de Butler