Kebab, le fantasme du “prix identitaire”

En trente ans, les kebabs se sont installés dans le paysage alimentaire français. Plébiscités pour leur prix très abordable, ils sont aussi vilipendés par l'extrême droite qui critique le "prix indentitaire" de leur développement. Vérification.

 

Qu’on l’appelle “turc” ou “grec”, le kebab s’est trouvé une place de choix dans les habitudes alimentaires des Français. Avec plus de 10 000 restaurants estimés dans le pays, les vendeurs de kebab distancent, et de loin, les fameux restaurants MacDonald’s (1380 restaurants). Elaboré, selon la légende, en Allemagne en 1971, le kebab s’était hissé en 2013 sur la troisième marche du podium des sandwiches les plus consommés dans l’hexagone.

Les raisons de ce succès tiennent principalement à la rapidité avec laquelle le kebab peut être consommé, à un moment où les Français consacrent moins de 30 minutes à leur pause déjeuner; et à son prix. A peine 5€ en moyenne en France pour un sandwich avec frites, moins encore dans certains pays frontaliers.

Si bien que depuis leur apparition en France dans les années 1990, les restaurants de kebabs se sont installés sur tout le territoire. Un état de fait dont l’extrême-droite, par la voix du Front national, s’est emparé à des fins politiques. Depuis 2013, militants et élus s’en prennent régulièrement à ce plat d’origine turque qui “menacerait l’identité nationale”. Selon eux, le “vrai prix à payer” pour le kebab irait bien au‐delà des 5€ déboursés. Il s’agirait d’un risque de communautarisme et de “grand remplacement” de la “culture française” par la culture orientale. C’est notamment la position de Robert Ménard à Béziers (Hérault), qui souhaite empêcher l’installation de nouveaux kebabs dans le centre‐ville; ou de Julien Sanchez à Beaucaire (Gard).

Le kebab s’est en effet développé en France sous l’influence de la communauté turque, arrivée dans les années 1960 dans le cadre des accords pour l’entrée de travailleurs turcs sur le territoire. Mais dans un entretien au journal Le Monde en 2012, Pierre Raffard expliquait que les restaurants de kebabs étaient nés non pas d’un communautarisme assumé, mais sous l’effet de la désindustrialisation des années 1980. Beaucoup d’ouvriers turcs se sont alors reconvertis, souvent dans ce type de restauration qui ne demandait pas de compétences particulières.

Aujourd’hui encore, n’en déplaise à certains élus frontistes, la répartition des kebabs sur le territoire semble bien plus forte dans les régions victimes de la désindustrialisation que dans celles marquées par une importante communauté turque.

Au niveau des communes, la corrélation pourrait être avancée mais l’analyse de quelques villes permet de donner plusieurs contres‐exemples à l’idée que le nombre de kebab traduirait une trop forte présence de personnes d’origine étrangère.

Le nombre de restaurants dits “turcs” ou “grecs” représente aujourd’hui 5,7% de la totalité des restaurants français. Le chiffre est parfaitement équivalent à celui des restaurants asiatiques, et guère plus élevé que…le prix d’un kebab