La politique, pas qu’une affaire d’anciens

A grands coups de vidéos, d'hologrammes et de punchlines, la course à la présidentielle est marquée par une nette volonté de faire jeune et moderne. L'illustration de ce phénomène s'observe dans la candidature d'Emmanuel Macron présenté comme le jeune ambitieux révolutionnant la politique. Face à une jeunesse progressivement désintéressée par la politique, les candidats mettent tout en oeuvre pour tenter de charmer cet électorat perdu.

Les jeunes âgés de 15 à 25 ans représentent un cinquième de la population mondiale. S’ils sont souvent impliqués dans des engagements civique et sociaux, ils ne sont pas formellement représentés dans les institutions politiques nationales. Seule une faible minorité d’entre eux se présente aux élections, laissant notre classe politique vieillir à petit feu. Ne sont-ils devenus qu’un instrument de communication de notre classe politique ?

Sur les bancs de l’Assemblée nationale, les élus de moins de 35 ans se rangent principalement à gauche, avec 14 jeunes élus au Parti socialiste (PS), deux fois plus que chez Les Républicains (LR). Traditionnellement, la droite républicaine reste très attaché à son électorat plus âgé et ne semble pas particulièrement encline à mettre en avant sa jeunesse au niveau national ou régional. 

En revanche, les partis de gauche et du centre réputés plus proches d’un électorat jeune ont généralement plus d’élus de moins de 35 ans.

Pourtant, si l’on met ce chiffre en perspective avec le nombre d’élus par parti, on se rend compte que le Front national met énormément l’accent sur l’engagement des jeunes. Sur deux députés, l’un d’entre eux a moins de 35 ans. Ce n’est pas anodin puisqu’il s’agit ici de Marion Maréchal le Pen, qui n’a que 27 ans et qui représente le futur de la lignée le Pen et certainement du Front national. Un visage de modernité sur des valeurs ultra-conservatrices qui entre parfaitement dans la logique de dédiabolisation mise en place par la candidate FN Marine le Pen.

Les jeunes élus, souvent utilisés pour montrer la modernité des partis, semblent accéder plus facilement à des postes élevés dans la hiérarchie politique. Mais ce sont très souvent que quelques postes d’affichages plus qu’une tendance de fond. On l’observe avec la moyenne d’âge des députés qui dépasse pour tous les partis les 50 ans. Au niveau local, les élus sont légèrement plus jeunes. La moyenne d’âge des élus régionaux est en dessous de 50 ans pour tous les partis. On peut l’expliquer par la trajectoire politique des élus. Il n’est pas rare de voir un élu commencer par être élu municipal ou régional avant de prétendre à un poste de député.

Méthodologie

Les données utilisées dans cet article proviennent de la base de données de la plateforme jQuest. Elles ont été collectées par 318 étudiants inscrits dans 14 écoles de journalisme en Europe, dont, en France, le Centre de Formation des Journalistes, l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, l’Ecole de Journalisme et de Communication d’Aix-Marseille et le Master Journalisme et Médias Numériques de l’Université de Lorraine. 

Les élus y sont classés par tendance plutôt que par parti afin de permettre des analyses entre pays sur le temps long. Les tendances sont déterminées par le rattachement du parti national au groupe politique du Parlement Européen. Un parti rattaché au Parti Populaire Européen, comme Les Républicains, est classé comme conservateur, par exemple.