Les élues ont-elles une date de péremption ?

La parité est un étendard politique pour désormais bien des partis. Pourtant, la question de l'équité femmes/hommes en terme de longévité est peu évoquée. Au plus elles vieillissent, au plus elles ont du mal à se faire réélire.

L’espérance de vie des femmes pourrait atteindre 90 ans en 2030. On ne peut pas en dire autant pour la politique. Les hommes sont majoritaires en nombre dans les chambres de la République, ce n’est pas une révélation. Mais ils y restent également jusqu’à un âge plus avancé.

2002. La situation à l’Assemblée Nationale est critique. Selon nos calculs, dans l’hémicycle, pas une seule élue a plus de 75 ans. Seulement huit dépassent la barre des 60 ans. Dix ans plus tard, la conjoncture évolue, un peu. Toujours pas de députée au delà de 75 ans mais 42 ont plus de 60 ans. Les législatives de 2012 font accéder au Palais Bourbon presque cinq fois plus de femmes entre 20 et 39 ans qu’en 2002.

Le Sénat n’est pas exemplaire non plus. Les moqueries quant à l’âge avancé de ses élus sont fondées. Sauf pour les femmes. Les strapontins du Palais du Luxembourg n’accueillent, en 1998, que 19 femmes — soit moins de 6% du nombre total d’élus. Une seule sénatrice, Paulette Brisepierre, à plus de 75 ans.

Mais ces chiffres doivent être remis dans leur contexte. En 1998, en moyenne, les femmes entre au Sénat à 48 ans contre 56 ans pour leurs homologues masculins. Cela ne signifie donc pas qu’elles sont élues moins longtemps. Elles avaient toutefois visiblement une date de péremption. Pour l’actuelle mandature, les nouveaux sénateurs élus en 2014 avaient tous en moyenne 57 ans, toujours selon nos calculs. Femmes et hommes sont enfin égaux. Il faudra presque 20 ans pour affirmer ou infirmer qu’une date limite de réélection officieuse est toujours en vigueur.

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Impossible de connaitre les raisons qui font que les femmes sortent plus jeunes de la vie politique. Mais le Parlement accueille de plus en plus d’élues. Elles ont potentiellement plus chances d’avoir une longévité supérieur que leurs prédécesseures. Pour les prochaines élections législatives, en juin prochain, les partis politiques peinent à investir autant de candidats masculins que féminins. Emmanuel Macron a dû lancer un appel spécial pour que plus de femmes se présentent. Les Républicains, quant à eux, investiraient pour l’instant 168 femmes contre 298 hommes.

Le nombre d’élues nationales est en augmentation. (Piktochart/Lucas Scaltritti)