Chez Macron, les militants s’y voient déjà

Enthousiasme des militants et ambiance boîte de nuit : au QG d’Emmanuel Macron, la soirée électorale avait des airs de succès au second tour. Reportage.

Quinze minutes avant le décompte, les supporters d’En Marche ! sont déjà confiants. Réunis Porte de Versailles, là où Emmanuel Macron a installé son QG pour la soirée du premier tour, ils sourient, se tapent dans le dos et se relaient à tue‐tête pour lancer des « Macron Président, Macron Président ». A 20 heures, on annonce le premier nom : celui qu’ils voulaient entendre. Leur candidat est en tête avec 23,8% des suffrages, juste devant Marine Le Pen (21,7%).

Explosion de joie. Ambiance électrique. Une Marseillaise est entonnée, partout résonnent des « On a gagné ». On s’embrasse, on se congratule entre Marcheurs. « C’est énorme », s’étrangle l’un. « On l’a fait, c’est un truc de ouf’ », lui répond un autre, les larmes aux yeux. On agite des drapeaux français et européens, on prend des selfies en arborant les tee‐shirts colorés donnés à l’entrée et on se félicite sous les néons du Parc des Expositions, qui scintille de bleu‐blanc‐rouge. Ce n’est qu’un premier tour, mais déjà le parfum de la victoire se fait sentir.

Cécile, 22 ans, a rejoint l’équipe parisienne d’En Marche ! il y a un an.

Les militants soulagés

Dans la foule, beaucoup de jeunes. Des plus âgés aussi. Et quelques‐uns, venus en famille. Cécile, primo‐votante de 22 ans, arbore le total‐look de la militante macroniste — drapeau, tee‐shirt, tote‐bag « EM » et pin’s rouge sur la poitrine. Elle a rejoint le mouvement depuis un peu moins d’un an, dépitée de voir défiler toujours une même classe politique.

«C’est le seul qui puisse permettre un vrai renouvellement. Tous les autres ont déjà eu un poste d’élu. Beaucoup critiquent son inexpérience politique, mais au contraire, moi je pense que c’est un atout. »

Un peu plus loin, accoudé contre une barricade de sécurité, Adrien, 25 ans, parle de « coup de pied dans la fourmilière ». Community‐manager d’En Marche !, il est passé au militantisme de terrain depuis trois semaines.

« C’était nécessaire, j’avais trop peur d’un second 21 avril. Macron, pour moi, c’est l’atout idéal pour 2017 : 39 ans, l’intégrité, et l’un des seuls pro‐européens. On avait besoin de changement ».

Il avait pourtant voté pour François Hollande en 2012. Adrien lance un « On ne siffle pas ! » à son voisin, quand Laurent Wauquiez revient sur les résultats. Fair‐play.

Au QG d’Emmanuel Macron, on est venu fêter la victoire du premier tour en famille

A chaque duplex de TF1, France 2 ou BFM TV, tous se tournent, dans l’espoir d’être aperçus à la télévision. Silence contrasté dans la salle quand, sur l’écran, on voit apparaître Benoît Hamon. Puis place à l’euphorie collective, quand il appelle à voter pour le leader d’En Marche!, suivi de Bernard Cazeneuve et de François Fillon. « Ni gauche, ni droite, puis gauche et droite », lancent quelques militants, comme Xavier,  21 ans, primo‐votant, cheveux ébouriffés et tête de jeune premier.

« Je faisais partie des Jeunes avec JuppéAu début, j’avais respecté le résultat de la primaire, mais la droite de François Fillon n’est pas la mienne. Alors Sens Commun, puis les affaires… disons que j’accorde trop d’importance à l’honneur pour passer au dessus de ça. Et le projet de Macron est plus cohérent : les 15 000 places de prison ou la défiscalisation des heures sup’, ça correspond à mes idées. »

Tous — ou presque — parlent comme si l’élection était déjà gagnée. Porte de Versailles, outre les quelques sifflets dès que Marine Le Pen apparait à l’écran, rien ne laisse présager que ce n’est pas « encore gagné ».

Ambiance boîte de nuit

« Quand même, ça doit être la déprime chez Fillon », entend‐on devant le pupitre — vide — où Emmanuel Macron doit s’exprimer. Il est presque 22 heures et le champion de la soirée se laisse encore désirer. Pour patienter, le son de l’écran télé est coupé, place à la musique de fête. Rihanna, Calvin Harris, Deorro, Magic System… Au QG, c’est ambiance boîte de nuit — aux musiques un peu démodées. Quelques minutes plus tard, à l’écran, le héros du jour sort de son QG de campagne, pouce en l’air, la mine victorieuse. Nouvelle salves d’applaudissements. Les impatients se rassurent : « C’est bon, il arrive, en voiture, c’est à cinq minutes».

Malgré sa garde rapproché, leur poulain peine à se frayer un chemin, traversant la meute d’un millier de journalistes accrédités. Bras dessus bras dessous avec Brigitte Macron, le candidat monte sur scène, musique d’ambiance à l’américaine. « Nous avons changé le visage de la vie politique française, déclare‐t‐il, sous une foule en liesse. Vous avez donné vos jours et quand ils ne suffisaient plus vous avez donné vos vies. Je souhaite, dans quinze jours, devenir votre président ».

Certains pensent même à l’après. Kevin, 30 ans, barbe bien taillée, chemise en jean et Stan Smith aux pieds, le précise.« Le souci, ça va être les législatives. Il faut qu’on arrive à convaincre un maximum de personnes sur notre programme. » Clément, 28 ans, animateur du comité En Marche ! du 11ème arrondissement parisien est encore plus prudent. « Maintenant, l’objectif de demain, c’est d’éviter le vote blanc et de rallier les indécis. Sans eux, c’est pas encore gagné. » Mais Macron, lui, donne déjà l’air de savourer sa victoire. D’enjamber le second tour, comme si ce n’était qu’un non‐évènement. Une marche, encore. Ce soir, il donne l’impression qu’il n’est plus qu’à une marche de celles de l’Elysée.