Debout la France penche plutôt vers Macron

Grand gagnant des "petits candidats" ce dimanche 23 avril, Nicolas Dupont-Aignan a triplé son score de 2012 en affichant celui de 4,8%. Mais le candidat de Debout la France rassemble un électorat désemparé face à l’échéance du second tour. Au QG de la rue de l’Université, on se prépare néanmoins à voter pour Emmanuel Macron.

A 20 heures au QG de Nicolas Dupont-Aignan, l’annonce des résultats du premier tour de la présidentielle 2017 crée un double effet : un cri uni d’une centaine de partisans, celui de la colère, lorsqu’ils découvrent les visages d’Emmanuel Macron et Marine Le Pen sur l’écran télévisé. Puis la petite foule qui emplit le premier étage de l’appartement chic du 7ème arrondissement de Paris exulte : leur candidat a remporté 5% des voix.

19h58 au QG de Dupont-Aignan : les partisans attendent les résultats

Les 5% attendus par Debout la France sont synonymes de remboursement des frais de campagne, bien nécessaires pour un parti qui se qualifie de modeste. La fin de soirée apportera une mauvaise nouvelle.

Jean-Baptiste, militant de 23 ans avec un pantalon de costume un peu trop long pour des épaules larges, ne cache pas sa joie à cet instant :

«On a fait 5%, près de 2 millions de voix, c’est pas mal! Si le vote du coeur n’existait plus, alors je serais allé voter Macron comme tout le monde. Je suis venu pour voir Dupont-Aignan s’inscrire dans la durée.»


L’embarras du choix

Chez Debout la France on attendait pas moins, et pas beaucoup mieux. A part Nicole peut-être, une retraitée de 65 ans : «J’espérais 8 ou 10% pour Nicolas.» Des tapisseries XVIIIème décorent le salon du QG. De très jeunes hommes et quelques septuagénaires, tous affublés de costumes, plaisantent dans une ambiance très détendue. Au buffet : Pringles, pistaches et eau gazeuse. La tension refait surface quand leurs regards croisent ceux des deux candidats du second tour. Dans un coin de la pièce, une femme se décrit comme la «chieuse du QG». C’est Nadia Remadna, fondatrice de l’association La brigade des mères de Sevran. Lors d’une caméra cachée, elle s’était vue refuser l’entrée d’un café de la ville de Seine-Saint-Denis par des hommes de confession musulmane en décembre 2016 :

«Si c’est Macron qui passe, on va souffrir dans les quartiers ! Avant je votais socialiste, mais j’ai voté Dupont-Aignan car je ressens comme lui l’urgence de respecter la France et les valeurs de la République.»

Mais l’idée du second tour entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron étreint sa véhémence : «C’est tout sauf Marine. Alors…»

Au premier plan, Naji Debache, fervent soutien de Dupont-Aignan et journaliste

Le volubile Naji Debache, candidat aux législatives des Français de l’étranger renchérit. Son visage jovial se décompose mot après mot :

«Nicolas Dupont-Aignan est le seul candidat représentant d’excellentes valeurs culturelles et gaullistes qui ont été perdues.»

Dupont-Aignan joue la montre

A 21h20, les mines réjouies laissent place à une apathie certaine. On entend ça-et-là que le candidat de Debout la France n’aurait atteint que 4,8%. Traduction : une perte de 1,5 million d’euros.

C’est à ce moment que Nicolas Dupont-Aignan prend la parole au milieu d’une dizaine de jeunes de son équipe. Tous affichent une grande tendresse pour lui. Après s’être félicité de «l’effondrement des partis qui ont gouverné le pays depuis trente ans» et fait «tant de mal à la France», Dupont-Aignan annonce qu’il réunira «en début de semaine les instances de son parti» pour décider de sa consigne de vote au second tour.

Jean-Baptiste, jeune militant Debout la France
La lanceuse d’alerte Stéphanie Gibaud au QG de Dupont-Aignan

En rappelant que sa voix sera donnée à celui ou celle qui servira le mieux «intérêt supérieur de la nation», il semble évoquer Emmanuel Macron en pointillés. Enfin, c’est ce que pense Corentin, 17 ans et étudiant en Sciences Politiques à Saint-Germain-en-Laye :

«Beaucoup trouvent que Debout la France est un terreau propice au populisme de Marine Le Pen, c’est une erreur. Si j’avais l’âge de voter, ce serait Macron au second tour, pas le choix.»

Drapeau en berne

Pour Naji Debache, né à Tunis en 1958, pas de doutes non plus :

«Chez Debout la France on a l’habitude d’envisager l’Histoire sur le temps long. Et l’Histoire nous a montré que voter pour quelqu’un comme Marine Le Pen au second tour n’avait aucun sens. »

A considérer que 5% fassent l’Histoire.