La nuit des barricades peine à trouver son souffle à Bastille

La présence attendue de Marine Le Pen au second tour a décidé quelques centaines de personnes à se rendre place de la Bastille à Paris pour une “nuit des barricades”. Face à un dispositif de police impressionnant, la mobilisation n’a pas tenu longtemps et s’est dispersée aux alentours de 23 heures. Les casseurs étaient tout de même au rendez-vous comme en témoignent les rues du XIème arrondissement.

Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle ne sont même pas encore tombés que déjà les manifestants affluent vers la place de la Bastille, à Paris. Peu importe l’identité des deux qualifiés pour le second tour, le collectif « Génération Ingouvernable » avait appelé dès le 8 avril à se rassembler le soir de l’élection sur ce lieu de rassemblement symbolique des militants de gauche.

Plusieurs centaines de manifestants, environ 200, se retrouvent sur une place de la Bastille entièrement quadrillée par les forces de l’ordre et coupée à la circulation. Les visages sont cachés derrière des écharpes, arborent les masques à gaz et casques de vélo. Face à eux, le dispositif policier est impressionnant, les flashballs et les armures lourdes équipent les CRS. « On ne s’attendait peut-être pas à ce que ce soit à ce point-là, déplore Noah, dix-sept ans. C’est ridicule. On a l’impression d’être dans un Etat totalitaire. »

Jeu de pistes entre CRS et casseurs

Les face-à-faces entre les manifestants antifascistes et la police sont tendus, des jets de gazeuse et des coups de matraque sont donnés aux plus provoquants. Certains activistes sont pris à partie et isolés par les policiers, ce qui provoque la colère de la foule qui ne cesse de scander : « Libérez nos camarades », « si t’es fier d’être CRS tape ton collègue ! ».

Très vite, les manifestants sont obligés de se rendre à l’évidence : impossible de rester sur place. Les instructions sont hurlées à la va-vite par un des leaders du mouvement, à cheval sur son vélo. L’objectif est d’atteindre la place de la République et de rejoindre un autre rassemblement déjà présent. Un véritable jeu du chat et de la souris se met alors en place. Très mobile, le groupe d’environ 200 personnes s’engage sur la rue du faubourg saint-Antoine, sous les yeux sidérés des touristes et des badauds. Les slogans de la cause résonnent dans les rues de Paris : « Tout le monde déteste la police », « Ni Macron, ni Le Pen ». Incompréhension et désorganisation sont palpables, et les hésitations du mouvement se font sentir.

Dégradations et interpellations

Les éléments d’échafaudage ainsi que les chaises des terrasses avoisinantes servent de projectiles. Poubelles, tubes d’échafaudage, barrières et palettes en bois sont utilisés pour bloquer l’avancée des CRS.  Les restaurateurs qui n’avaient pas anticipé le mouvement rempilent leur mobilier à la hâte. Des conteneurs de verre sont renversés et les tessons de bouteille jetés dans le ciel de Paris sans véritable cible, risquant parfois d’atteindre d’autres manifestants.

Tous les objets à proximité s’improvisaient en projectiles ou barricades

En bout de cortège, les vitrines des banques et les agences immobilières sont prises pour cible par les casseurs, mais certains commerces de particuliers sont également visés : un homme, armé d’une barre de fer, se lâche sur la vitrine d’un petit retoucheur. Beaucoup de casse et peu d’interpellation : seulement trois personnes le seront pour violences à l’encontre des forces de l’ordre.

La nuit tombe sur Paris et le groupe s’engouffre sur le boulevard Voltaire pour tenter, encore une fois de rejoindre la place de la République, distante de 2 kilomètres. L’accès est entièrement bloqué par les camions anti-émeutes de la police. Nouveau changement de plan pour les manifestants qui rebroussent donc chemin vers leur point de départ : les marches de l’Opéra Bastille. Derrière les baies vitrées des restaurants, les clients médusés observent le ballet des fourgons de police.

Rien de comparable au soir du 21 avril 2002

En haut des marches de l’opéra Bastille, une vingtaine de civils sont parqués par la police. Qui tente de sortir ou de se frayer un chemin reçoit un coup de matraque. Les policiers lancent alors l’assaut contre la nasse de manifestants, restés sur le pavé au centre de la place. La foule, ultra compactée, invective les CRS et tente de se libérer de l’étau. « La police a bien fait son boulot, constate, dépité, un jeune musicien venu manifester. Impossible de rejoindre la place de la République, ils nous obligent à nous disperser et le mouvement s’essouffle ».

En fin de soirée, le rassemblement de la place de la République n’a pas réussi à prendre. Aucune autre manifestation n’est annoncée au milieu de la nuit. Cette première manifestation n’a rien de comparable avec les mouvements de 2002. Près de 500.000 personnes s’étaient réunies dans les rues de Paris pour protester contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour.

Les manifestants ont en commun la contestation du résultat du premier tour