Près de Toulouse, des militants PS pas si désabusés…

Dans une petite ville de l’agglomération toulousaine, difficile de lire sur les visages des responsables et sympathisants socialistes locaux de la déception ou de la surprise.

Dans une petite ville de l’agglomération toulousaine, difficile de lire sur les visages des responsables et sympathisants socialistes locaux de la déception ou de la surprise.

L’opération de communication ”Hamontada”, en écho à la “remontada” en football, lancée vendredi sur les réseaux sociaux, était un rêve d’état major dont ces militants de terrain avaient bien perçu l’illusion.

Depuis 1969 et Gaston Defferre (5,01%), le parti Socialiste n’avait pas connu un tel naufrage électoral. Pourtant ici, hier soir on s’est réuni pour aller boire un coup, malgré tout, entre résignation et soulagement.

Dans un local à l’intérieur de la salle de spectacle de la commune, on analyse le résultat local, et national. Et on se restaure après une journée souvent passée à tenir des bureaux de vote, puis à dépouiller. “On trinque à quoi ? — Au score de Le Pen !”. La candidate frontiste ne fait que 12% dans la commune, un score bien inférieur aux dernières élections. 

Le scénario du pire évité

J’en ai fait des cauchemars. Fillon‐Le Pen c’était vraiment pas possible.” raconte Christophe*, employé de mairie d’une trentaine d’année. Côté sympathisants socialistes, cela reste la grande nouvelle de la soirée. Le traumatisme du 21 avril 2002, quand Lionel Jospin n’avait pu accédé au second tour, est toujours là chez certains.

Beaucoup ont longuement hésité, entre le vote de cœur pour le candidat de leur parti et celui pour Emmanuel Macron. “Hier soir j’étais à un repas chez des amis. Ils m’ont montré, les enquêtes Big Data (l’enquête Filteris, diffusée au Canada, qui plaçait Fillon au second tour), sur la notoriété et les réseaux sociaux, indique un autre sympathisant. Ces amis me disaient que ça donnait Fillon‐Le Pen au second tour. Ça m’a fait hésiter. Mais je m’en suis tenu à mes convictions.

Pas de bouc‐émissaire, pas de récriminations envers les sondages, ces militants savent que le mal est plus profond. “Je suis triste pour Hamon, qu’il ne fasse pas au moins 10%, annonce Isabelle*. Mais le PS avait besoin de ça. Il faut le refonder, il faut un nouvel Epinay.” 

La défaite, ils l’ont sentie venir de loin. Pêle‐mêle on réprimande ceux qui ont empêché François Hollande de se représenter, les frondeurs, les primaires trop tardives et qui ont divisé les socialistes… “Au moins ce que j’ai toujours dit sur les primaires se confirme : ce n’est pas une bonne idée.” lâche un élu d’une soixantaine d’années.

J’en veux au camp Hamon de ne pas avoir rassemblé la famille socialiste après la primaire.” confirme une militante. Parmi ceux qui ont voté Manuel Valls à la primaire, le sentiment est grand d’avoir été totalement oublié par le candidat vainqueur.

Sans grand mal, plusieurs militants avouent avoir voté pour le candidat d’En Marche ! dès le premier tour. Pour le second, pas de place au doute pour l’ensemble des présents, ils feront barrage au Front national. Pour la suite, le flou est complet. Refondation de la gauche, du parti, congrès à l’automne sont au cœur des discussions. Au niveau national, le deuil semble être déjà fait des élections législatives. Au niveau local, on attend avec curiosité les investitures d’En Marche !.

Emmanuel Macron sort largement en tête dans cette commune. Il a séduit un grand nombre des électeurs de François Hollande de 2012.

*Les prénoms ont été modifiés.