Abstention, blanc ou Le Pen : choqués, les Mélenchonistes refusent le vote utile

Les partisans de Jean-Luc Mélenchon ne se précipiteront pas au second tour des élections. Devant son QG à Paris dimanche soir, impossible de se résoudre à voter Macron, quitte à voter blanc ou s’abstenir, voire à se tourner vers Marine Le Pen.

Loin du bruit médiatique de ces dernières semaines, la soirée électorale de Jean-Luc Mélenchon s’est déroulée en toute discrétion. Dans une rue étroite à quelques pas de la gare du Nord, l’entrée du bar aurait pu passer inaperçue si elle n’était assaillie d’une nuée de caméra et de perches. Dans la rue, les journalistes hésitent entre l’intérieur du bar, réservé aux invités, et l’extérieur où se masse la foule.

Valentine et Ilona

« On va réussir à rentrer tu penses ? » Une fois rendu à l’évidence que non, les sympathisants mélenchonistes, plutôt jeunes, se réconfortent une bière à la main. Ilona et Valentine, à peine 20 ans, sont aux premières loges à l’arrivée du candidat. Pour son premier vote, Ilona était partagée, « entre Mélenchon et Hamon ». « J’ai hésité jusqu’à cet après-midi !» Debout dans la rue, la foule reste calme. Très peu de chants, pas de tee-shirts ni de pancarte, comme pour ne pas se porter malheur avant les résultats. Mais la plupart y croit, se perdant en calculs stratégiques du meilleur adversaire au second tour. A 20h, la rue est pleine à craquer lorsque les haut-parleurs sortis sur le trottoir s’allument. Les manifestants se taisent religieusement.

« Mélenchon ou rien »

23% pour Emmanuel Macron et Marine Le Pen, qualifiés au second tour. Un léger cri de surprise, pas plus. La foule n’a presque pas bougé. Les visages restent tournés vers les haut-parleurs, les yeux perdus dans le vide. 19% pour Jean-Luc Mélenchon, à égalité avec Fillon. Quelques irréductibles crient que ce n’est pas fini, « c’est un résultat provisoire ! ». Mais déjà le ballet des caméras s’enclenche, à la recherche des premières réactions des perdants. « On n’avait pas regardé les sondages mais on s’y attendait un peu », reconnaissent maintenant Valentine et Ilona. Que faire pour la suite ? La réponse est sans appel :

« On va voter blanc. Macron ce n’est pas possible, explique llona, c’est la gauche qu’on a déjà vu au pouvoir, celle qui ne marche pas. On ne peut pas participer à ça. Le vote utile aujourd’hui c’est dépassé. Je ne veux pas de ça pour mon premier vote ».

Le second tour ne suscite pas beaucoup de débat dans la foule, qui reste étonnamment statique et silencieuse. « C’était

Run

Mélenchon ou rien, annonce fatalement Run, 40 ans. Qu’ils se démerdent maintenant, on a fait ce qu’on a pu. » Antoine et Arnaud, qui attendent l’allocution de leur candidat une bière à la main, ne prendront même pas la peine de

Antoine et Arnaud

se rendre au bureau de vote le 7 mai. « Un vote blanc ça n’a aucun intérêt, estime Antoine, 25 ans. Même si Mélenchon donne des consignes de vote, je n’irai pas »

La tentation du Front national

En 2012, le candidat de la France insoumise s’était rangé derrière François Hollande, candidat du Parti socialiste. Mais lorsqu’il prend enfin la parole à 22 heures, après avoir attendu les résultats des grandes villes, il refuse de prendre parti avant que ses 450.000 contributeurs « ne se soient prononcés sur la plateforme. » Sur Twitter, son secrétaire national à l’éducation écrit tout de même : « Il n’y aura aucune voix de notre côté pour le Front national ». Pas si évident sur le terrain.

Maxime

Maxime, 25 ans, casque de moto à la main, arrive alors que la foule commence à se disperser. « J’arrive trop tard pour entendre Mélenchon ? ». Un brin timide, il s’enhardit à l’évocation de son candidat : « j’ai poussé tout le monde à voter pour lui ! » Au second tour, il votera sans hésiter Marine Le Pen. « Macron est un ancien banquier. Même si elle est plus dure, Marine est plus pour le peuple. »

Mélissa, à gauche

Restée dans la foule, Mélissa, 30 ans, est moins calme « Les gens n’ont rien compris ! Pourquoi votent-ils Macron alors qu’ils ont dégagé Hollande ? » Dramatique, elle annonce « Je quitte la France si Macon passe. » Au second tour, «soit je ne vote pas, soit je vote Le Pen.»