La triple défaite de Philippe Poutou

Philippe Poutou, candidat du NPA, a recueilli 1,1% des suffrages, un score inférieur à sa participation de 2012. L'absence de Jean-Luc Mélenchon au deuxième tour et une fin de campagne mal menée ont fait plafonner l'ouvrier girondin.

Au Zèbre de Belleville, dans le onzième arrondissement, le flot des militants du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) arrive au compte-goutte. Philippe Poutou, leur candidat a recueilli 1,1% des suffrages et privatisé un cabaret. Près de deux cents militants se sont réunis et entendent poursuivre la lutte contre le racisme, les licenciements, l’austérité.

Le score, 1,1% des voix, n’est pas bon. Moins bon encore qu’en 2012 (1,15%), où Philippe Poutou n’avait pourtant pas joui de la nouvelle configuration des débats télévisés. Les militants du NPA n’attendaient rien ou presque de cette soirée présidentielle. Elle clôture de toute façon une « campagne dégueulasse » assure Sam, 29 ans, un employé dans la restauration. Pour l’homme qui a succédé à Olivier Besancenot comme figure visible du NPA, la défaite est triple : le score est décevant, l’absence de Jean-Luc Mélenchon au deuxième tour bouche toute perspective, et la fin de campagne a été totalement ratée.

Au QG de Philippe Poutou, jusqu’à 20 heures, heure des premières estimations officielles, on continue d’espérer pour un autre candidat, Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise LFI). Les militants et sympathisants espèrent le voir se frayer un chemin au second tour. « On ne fait pas campagne pour les voix explique Jean-Baptiste, un grand blond à la barbe soignée. On a semé les graines de nos idées, et peut-être qu’on en récoltera les fruits dans six mois, un an. Dix, peut-être » finit-il par concéder. En attendant, sans jamais évoquer la possibilité de voter Macron dans quinze jours, on maintient qu’il va falloir manifester contre l’extrême droite, dès ce soir. Et continuer le 1er-Mai et le 7.

Parmi les deux cents militants du NPA qui se sont déplacés, nombre d’entre eux s’apprêtent à s’abstenir au second tour du 7 mai entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron.

Mélenchon, le nouveau vote utile

Jean-Luc Mélenchon, le candidat du « dégagisme » a dégagé Philippe Poutou. Il a recueilli 19,6% des suffrages et sûrement drainé une partie de l’électorat du NPA. « Philippe aurait appelé à voter pour lui au second tour » assure Romain, adhérent au parti depuis 2005. Leurs formations ne se rejoignaient pas en tous points, mais ils pouvaient tomber d’accord,« notamment sur le monopole public des banques ». Le candidat ouvrier de Blanquefort (Gironde) prend la parole sur la petite scène surmontée d’une grande tête de zèbre en carton-pâte. « La présence au second tour de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron n’est pas une bonne nouvelle » (pour la démocratie), dit-il. « Et encore moins une rupture [pour] cet héritier des banques et de François Hollande ». Pas suffisant, donc, pour éviter le « scénario catastrophe de l’extrême droite au second tour» se désole Antoine, adhérent et organisateur de la soirée au Zèbre. Il ne sait même pas s’il se rendra à Bastille, où un rassemblement populaire est prévu.

Si les affaires ont pollué la campagne électorale, jamais Philippe Poutou n’avait bénéficié d’une telle popularité. Il était quasiment inconnu du grand public en début de campagne malgré sa présence dans la course à l’Elysée de 2012. A l’origine de ce gain de visibilité, une lourde charge contre le candidat de la droite pendant le débat des onze candidats le 4 avril. Il a accusé François Fillon, ainsi que Marine Le Pen, de « piquer dans les caisses publiques ». Il reproche aussi à la patronne du FN son refus de se rendre aux convocations policières. « Nous, quand on est convoqués, on y va. On n’a pas d’immunité ouvrière » avait-il asséné sous les applaudissements de ses fans. Dans les jours qui suivaient, il se hasardait, devant les caméras à espérer « 3%, qui sait? »

https://www.youtube.com/watch?v=qPaNjIIPPwo

 

Désarmement de la police, mesure controversée après un attentat

Mais la fusillade des Champs-Elysées du jeudi 20 avril a sûrement changé la donne pour le candidat anticapitaliste. Invité sur le plateau de « Quinze minutes pour convaincre », il tient alors les propos qui lui feront perdre une partie de la sympathie qu’il s’était attirée. Alors que Xavier Jugelé, policier de 37 ans meurt sous les balles d’un terroriste, il accuse les forces de police: « Ils ne protègent pas, ils tuent, ils blessent » assure le candidat qui a fait de la lutte contre les violences policières une de ses priorités. «S’ils n’étaient pas armés, ils n’auraient peut-être pas été ciblés» avait-il maintenu le lendemain sur le plateau de LCI. 

Bien décidé à retourner à son usine de Blanquefort (Gironde), le porte-drapeau du NPA ne prévoit pas de se présenter une troisième fois. « On a eu une incroyable mobilisation du peuple cette année. On s’en souviendra » relativise-t-il, un verre de vin blanc à la main. Fait historique: il porte ce soir une chemise.