Macron “libéral”, le mot qui fâche

"Emmanuel Macron" et "libéralisme", peuvent-ils s'employer dans la même phrase ? Pas sûr que ce soit le bon moment...

Lundi 24 avril, Titiou Lecoq, journaliste freelance, publie un article sur Slate : “Le danger Le Pen, c’est pas en 2022, c’est maintenant.” Sur Twitter, le post soulève l’indignation de Carole Gandon, membre de l’équipe départementale de campagne d’Emmanuel Macron.

La phrase qui ne passe pas est la suivante : “[Macron] est libéral, il ne s’en cache pas, au moins celui‐là on ne pourra pas dire qu’il nous aura menti sur son programme”. L’animatrice du comité En Marche! en a “marre d’entendre tous ces perroquets qualifier EM de libéral voire d’ “ultra‐libéral”!”, “Je suis de gauche et je vote pour lui avec force”, commente‐t‐elle avec véhémence sous la publication Twitter de l’article concerné, interpellant directement l’auteure.

Contactée par le CFJ, Titiou Lecoq a affirmé que Carole Gandon avait répondu cela parce qu’elle trouvait l’article “contre‐productif”. “L’un de ses arguments est le suivant : qualifier Macron de libéral (sur le plan économique) va détourner des urnes des électeurs de gauche. Et que je n’étais qu’un perroquet qui répétait “libéral” sans avoir lu le programme.” Or, l’article en question semble montrer les dangers de l’arrivée au pouvoir du FN, et réfuter l’argument de certains abstentionnistes selon lequel voter Macron “ce serait en fait renforcer le FN pour 2022”.

Une chose est sûre, associer “Emmnanuel Macron” et “libéralisme” dans la même phrase ne passe pas bien en ce moment pour les équipes du candidat. Mais pourquoi ?

Au fait, le libéralisme, késako ?

Le libéralisme est un système qui place l’individu au coeur du système politique, et qui cherche à faire primer la liberté sur l’égalité”, nous renseigne Christophe Boutin, politologue et professeur de droit public à l’université de Caen.

La liberté prime sur l’égalité… Emmanuel Macron, il y a quelques semaines, s’était exprimé devant des écoliers pour l’émission de C8 “Candidats : au tableau !. Il donnait alors sa définition, simple, de la droite et de la gauche. Sauf que pour lui, droite = liberté. CQFD. On vous laisse apprécier la séquence.

Et Macron… il est libéral ?

Actuellement le libéralisme politique renvoie à deux causes : un libéralisme économique et un autre plus tourné vers des choix sociaux. “Emmanuel Macron est un mélange des deux, pour Christophe Boutin, politologue. Même s’il veut tempérer par une certaine intervention de l’Etat, pas totale, il est partisan pour une certaine dérégulation.

Dans cette campagne, le candidat d’En Marche! semble ne pas aimer pas les étiquettes, ne se revendique ni de gauche, ni de droite et pour lui, n’est pas non plus libéral.

Gabrielle Pollet milite pour Emmanuel Macron et anime un comité du parti dans le 20ème arrondissement de Paris. Elle défend son candidat quand on parle libéralisme.

Ce qui m’énerve, ce sont ceux qui l’associe à l’ultra libéralisme. Si ça veut dire dérégulation du marché, que tout soit défini par le marché, ce n’est pas vrai. Emmanuel Macron est libéral si cela implique la liberté d’entreprendre, le fait que tout soit facilité pour que les gens puissent être actifs dans l’économie, qu’ils puissent créer des entreprises, participer à construire notre société.

Alors pourquoi le terme le dérange ?

Le timing est important. Le débat revient en plein entre‐deux tours, à l’heure des reports de voix des électeurs n’ayant pas leur candidat qualifié. Le Front national cherche de son côté à bien départager les deux camps : d’un côté une vision nationaliste et de l’autre une vision plus internationale. “Emmanuel Macron est un peu coincé, témoigne Christophe Boutin, son image dynamique, celle de l’entreprenariat, de la finance est connotée d’un certain libéralisme et aussi d’un mondialisme. Sauf que cette image n’est pas celle d’une part important des électeurs de gauche. Il est plus dans une stratégie de l’entre deux tours que dans de réels choix et convictions politiques.”

Pour Emmanuel Macron, peut être vaut‐il mieux éloigner les termes qui fâchent pour essayer de plaire au plus grand nombre.

Louise Beliaeff — Manon David