Profession : punching ball

La campagne pour l’élection présidentielle a été le théâtre de nombreuses altercations entre journalistes et militants, services d’ordre et parfois même candidats. Loin d’être l’apanage du seul Front national, maltraiter les journalistes semble avoir été le sport national de cette campagne.

Les sociétés de journalistes de 29 médias français ont signé une pétition jeudi 27 avril pour dénoncer “l’entrave à la liberté” d’informer du Front national. Selon les médias signataires, le Front national (FN) a décidé de choisir les journalistes autorisés à suivre la campagne de Marine Le Pen pour le second tour. Cette démonstration de force n’est pas la première entrave que le FN impose aux journalistes, souvent bousculés par les services d’ordre. Mais ce n’est pas le seul parti à empêcher les journalistes de faire leur travail. Retour sur trois épisodes de la campagne où les journalistes sont devenus des punching‐balls.

Tancrède Bonora de l’émission “C à vous” vs Jean‐Luc Mélenchon

Une heure après son meeting Place de la République le 18 mars 2017, Jean‐Luc Mélenchon répond aux questions de journalistes sous une tente. Tancrède Bonora, journaliste pour l’émission “C à vous” demande au candidat de la France insoumise si une alliance avec Benoît Hamon est encore possible.

On sent dès le début que la question l’agace, explique Tancrède Bonora. Mais c’était une vraie question politique qui devait être possible à ce moment‐là de la campagne.” Jean‐Luc Mélenchon explique au journaliste que sa question “le soûle.” Il demande alors à un membre de son service d’ordre de “jeter” le journaliste puis lance à des supporters : “Vous avez vu ce sale con ? ”

Pour Tancrède Bonora, Jean‐Luc Mélenchon était “dans sa logique de taper sur les médias”. Plus largement, il assure que cette campagne présidentielle a été particulièrement compliquée pour les journalistes et ajoute : “dans les meetings de Fillon surtout, avec des militants qui tenaient la presse responsable de tous les maux de leur candidat.”

David Perrotin de Buzzfeed France vs Les Républicains

Le 17 avril 2017, à quelques jours du premier tour, David Perrotin couvre un meeting de François Fillon à Nice pour Buzzfeed France. Pendant le discours du candidat, deux manifestants viennent crier “Rends l’argent ! ” devant son pupitre et sont rapidement écartés par le service d’ordre des Républicains.

David Perrotin sort également de la salle où se tient le meeting pour voir ce qu’il advient des deux manifestants anti‐Fillon. Il commence à filmer l’arrestation des deux manifestants par la police lorsque des agents de sécurité lui demandent d’arrêter de filmer. “À ce moment là, ils commencent à m’entourer, me prennent par le cou et par le bras,” décrit David Perrotin. “C’est pour ça que je parle d’agression,” explique‐t‐il.

Retrouver les images dans cet article.

Les agents de sécurité continuent à menacer physiquement David Perrotin mais également son collègue Paul Aveline qui filme la scène. Tout cela se passe sous les yeux du directeur de cabinet de François Fillon. Il ne se décide à intervenir qu’après que les journalistes ont expliqué avoir l’intention d’écrire un article sur l’agression.

Les dirigeants politiques comme François Fillon et Marine Le Pen ont fait campagne contre les journalistes,” explique au CFJ David Perrotin. “Il y a une violence généralisée à l’égard des journalistes dans cette campagne.”

Paul Larrouturou de l’émission “Quotidien” vs le Front national

En février 2017, Paul Larrouturou, journaliste pour l’émission Quotidien sur TMC, est violemment expulsé par le service d’ordre du Palais des Congrès pendant la visite de la candidate frontiste, Marine Le Pen, au Salon des entrepreneurs.

Quand le journaliste essaie de l’interpeler sur les affaires touchant son parti, il est écarté du reste des journalistes et poussé à sortir du hall du Palais des Congrès ainsi que son cameraman, sur ordre d’un membre du service d’ordre de Marine Le Pen. S’en suit une altercation verbale et physique avec deux agents de sécurité qui a marqué les esprits.

Ce n’était pas la première fois que des journalistes se faisaient malmener par le service d’ordre du Front national. En octobre 2016, Paul Larrouturou et ses collègues, alors journalistes pour Le Petit Journal sur Canal+, avaient déjà été agressés par des militants puis bousculés par le service d’ordre lors du défilé du 1er mai organisé par le parti d’extrême droite.