Médias bashing : les démocraties n’épargnent plus leur presse

Chaque année depuis 2002, l'organisation Reporters sans frontières (RSF) publie un classement mondial de la liberté de la presse. Pour chacun des 180 pays étudiés, un indice est établi en fonction de plusieurs critères : pluralisme, indépendance des médias, qualité du cadre légal et des infrastructures, autocensure, transparence et sécurité des journalistes.

Dans l’édition 2017 du classement mondial de la liberté de la presse, la France remonte de six places par rapport à l’année précédente. Mauvaise nouvelle : cette remontée est principalement mécanique après la chute qu’elle avait connue en 2015, avec l’attentat contre Charlie Hebdo. La France se situe au 39e rang sur 180. Pire, si l’on ne tient pas compte de l’année 2015, elle enregistre cette année son plus mauvais score depuis 2013.

Le classement 2017 a de quoi inquiéter. Il fait état d’un “grand basculement” où, selon RSF, même les pays érigés en modèles démocratiques “multiplient les accrocs contre une liberté qui est en principe l’un des principaux indicateurs de leur bon fonctionnement”. Parmi les pays cités : les Pays‐bas (5e) perdent trois places cette année, le Canada (22e) en perd quatre, les Etats‐Unis (43e) reculent de deux places et la Pologne (54e) de sept. L’Europe est particulièrement touchée par ce recul: la Finlande perd, pour la première fois depuis six ans, sa place de championne de la liberté de la presse.

Régression de la liberté de la presse dans les démocraties (Reporters sans frontières, classement 2017)

“Chasse aux journalistes”

Cette régression n’est pas tout à fait nouvelle. Mais cette année, “la nature et l’ampleur des attaques constatées” prennent des proportions sans précédent. Avec les lois liberticides, l’atteinte au secret des sources ou encore les conflits d’intérêts, le “médias bashing” est la principale cause de l’érosion démocratique mise en lumière par RSF.

“L’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux États‐Unis et la campagne du Brexit au Royaume‐Uni ont offert une caisse de résonance au ‘médias bashing’ et aux fake news”, souligne le rapport, qui alerte sur une véritable “chasse aux journalistes”. Les propos haineux et les accusations de mensonges contribuent à “désinhiber les attaques contre la presse un peu partout à travers le monde, y compris dans les pays démocratiques”. En Grande‐Bretagne, en Italie et désormais en France, “il devient normal d’insulter les journalistes, de les faire siffler et huer lors de meetings”, déplore RSF.

Spirale infernale

D’autres facteurs de régression dans les pays démocratiques sont mentionnés dans le rapport, comme le contrôle de la presse en amont. En Pologne, qui perd sept places en 2017 après une chute de 29 places en 2016, le gouvernement conservateur a mis en place une série de réformes soumettant l’audiovisuel public au contrôle du pouvoir exécutif. Le parti ultraconservateur “Droit et Justice” souhaite ainsi “repoloniser” le secteur de l’information.

“Les démocraties qui ont fait de la liberté de la presse un de leurs fondements doivent rester un modèle pour le reste du monde et non l’inverse, s’alarme Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. A force de rogner sur la liberté fondamentale d’informer au prétexte de protéger leurs citoyens, les démocraties risquent d’y perdre leur âme.” L’édition 2017 alerte les gouvernements sur la “spirale infernale” qui semble enclenchée, dans un contexte où les populismes et le règne des hommes forts menacent l’une des principales libertés démocratiques.