Sortie de l’euro : que devient le projet économique de Marine Le Pen ?

Alors que la sortie de l'euro est un axe clé de son programme, Marine Le Pen se fait de plus en plus discrète sur le sujet... Au risque de devoir abandonner la majeure partie de son projet.

Marine Le Pen s’en défendait dimanche, dans un entretien accordé au Parisien : “Je n’ai jamais dit que la France sortirait de l’euro”. Désormais, elle se déclare en faveur d’une “monnaie nationale comme tous les autres pays” et d’une “monnaie commune” avec les partenaires européens. Dans sa nouvelle profession de foi conçue pour l’entre-deux-tours, la sortie de la zone euro a purement et simplement disparu…

C’est un véritable revirement pour la candidate du Front national qui a défendu durant des mois le “rétablissement d’une monnaie nationale”. Cet infléchissement sur l’une de ses propositions phares intervient après qu’elle a passé, samedi, un “accord de gouvernement” avec Nicolas Dupont-Aignan, le président de Debout la France. Dans ce document, les deux responsables annoncent un “patriotisme pragmatique, qui privilégie les décisions de bon sens”, en considérant que “la transition de la monnaie unique à la monnaie commune européenne n’est pas un préalable à toute politique économique”.

Problème : en abandonnant sa proposition de sortir de l’euro, la candidate devra renoncer à la majeure partie de son programme économique. Elle le reconnaissait elle-même au micro d’Europe 1, le 27 mars dernier.

Alors pour parer aux critiques, Marine Le Pen souligne que “beaucoup d’actions économiques […] ne sont pas en corrélation avec la monnaie”. Elle cite l’abrogation de la loi El Khomri, la baisse de l’impôt sur le revenu pour les trois premières tranches ou encore la baisse de l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans.

Reste que la plupart de ses propositions sont incompatibles avec le maintien de l’euro. Tour d’horizon de cinq mesures fortes qu’elle devra réécrire.

  • Agir pour la compétitivité grâce à une monnaie nationale

- Que dit son programme ? Dans son engagement 35, Marine Le Pen propose “le rétablissement d’une monnaie nationale adaptée à notre économie, levier de notre compétitivité”. Ce “protectionnisme intelligent” permettrait, selon elle, de “soutenir les entreprises françaises face à la concurrence internationale déloyale”.

- Et avec l’euro ? Avec cette proposition, Marine Le Pen veut pouvoir dévaluer librement la monnaie, afin de permettre aux entreprises françaises de gagner en “compétitivité prix” par rapport aux pays étrangers. Sans préjuger de son efficacité, une telle mesure est impossible en conservant l’euro. La monnaie unique, partagée entre dix-huit pays européens, fait l’objet d’une politique monétaire indépendante sous l’égide de la Banque centrale européenne.

  • Réserver la commande publique aux entreprises françaises

- Que dit son programme ? Au point 37 de son projet, Marine Le Pen promet “d’instaurer un vrai patriotisme économique en se libérant des contraintes européennes et en réservant la commande publique aux entreprises françaises”.

- Et avec l’euro ? Cette mesure de favoritisme est illégale, puisqu’elle est contraire aux grands principes de libre accès à la commande publique et  de non-discrimination au fondement du marché unique communautaire. Les entreprises en lice pour un marché pourraient alors saisir le juge administratif et faire annuler le contrat. Seule la sortie des engagements européens de la France pourrait permettre d’appliquer cette “préférence nationale”. Et si la France reste dans l’UE… pas de priorité donnée sur le seul critère du drapeau bleu-blanc-rouge !

  •  Interdire les travailleurs détachés

- Que dit son programme ? Dans son engagement 38, Marine Le Pen annonce vouloir “supprimer sur notre territoire la directive détachement des travailleurs qui y crée une concurrence déloyale inadmissible”. Elle veut “mettre en place une taxe additionnelle sur l’embauche de salariés étrangers afin d’assurer effectivement la priorité nationale à l’emploi des Français”.

- Et avec l’euro ? Comme la précédente, cette mesure ne nécessite pas de sortir de l’euro pour être appliquée. Mais elle ne pourra voir le jour sans déroger aux traités et au droit de l’Union européenne, qui imposent la libre circulation et la non-discrimination des personnes en raison de la nationalité.

  • Sortir de la dépendance aux marchés financiers

- Que dit son programme ? En outre, Marine Le Pen veut également “sortir de la dépendance aux marchés financiers en autorisant à nouveau le financement direct du Trésor par la Banque de France”.

- Et avec l’euro ? Un tel financement est interdit dans le cadre d’une monnaie commune entre dix-huit pays. Il suppose le rétablissement d’une monnaie nationale, adossée à une Banque de France qui pourrait faire fonctionner la “planche à billets”.

  • Stopper la participation de la France à la Politique agricole commune (PAC)

- Que dit son programme ?  “Transformer la Politique Agricole Commune en Politique Agricole Française”, promet Marine Le Pen au point 126 de son projet, avec pour “objectif de sauver et soutenir le modèle français des exploitations familiales”. Plus généralement, Marine Le Pen s’engage au point 43 à mettre fin aux “mauvaises dépenses publiques, notamment celles (…) liées à l’Union européenne”.

- Et avec l’euro ? Mettre fin à la contribution française au budget européen nécessite… de sortir de l’Union. Par ailleurs, la France bénéficie des crédits accordés par l’Union européenne, comme ceux de la PAC. Depuis 1962, la PAC est l’une des politiques communes les plus importantes, qui consiste à accorder des aides directes et indirectes aux agriculteurs européens. Une suspension de la participation française à la PAC, compromise dans le cadre des traités européens, supposerait une renégociation emportant l’accord de tous les Etats membres.