Euro : Marine Le Pen garde le cap mais cultive le flou

Non Marine Le Pen n’a pas changé de position sur l’euro entre 2012 et 2017. Il y a cinq ans la candidate frontiste proposait déjà de transformer l’euro en monnaie commune et de rétablir le franc. Une certaine continuité qui n’empêche pas le parti d’extrême-droite d’entretenir le flou autour de ce sujet.

En mars 2012, la candidate à la présidentielle proposait dans son programme une négociation de la France “avec ses partenaires européens pour préparer l’évolution de l’euro, qui deviendrait une monnaie commune co‐existant avec le franc qui serait rétabli”. On apprend également que dès cette année‐là elle souhaite organiser un référendum sur la question.

Pourtant il se lit partout que Marine Le Pen n’a cessé de changer de positions sur le sujet. Cela tient surtout au fait que la candidate a multiplié les déclarations contradictoires.

Plus radicale avant 2012

Avant sa première campagne présidentielle, Marine Le Pen multiplie les interventions médiatiques contre la monnaie européenne. En avril 2010, en pleine crise monétaire grecque, dans un communiqué adressé à Nicolas Sarkozy, alors président, elle lui demande “d’engager avec quelques pays européens une sortie groupée et rapide de la zone euro afin que la France quitte le radeau de la dérive et retrouve sa liberté monétaire.” En mai 2010, sur LCI : elle déclare “il faut sortir de cette monnaie à tout prix, parce que c’est probablement l’arnaque du siècle.”

Pourtant, en mai 2016, sur le même plateau, elle martèle “Il n’a jamais été question de sortir immédiatement de l’euro. Il y a plus de quatre ans, j’ai indiqué que j’entrerai en négociation avec l’Union Européenne”. Effectivement, c’est en mars 2012, qu’elle édite la nouvelle version de son programme. La même position qu’elle défend actuellement : la transformation de la monnaie unique en monnaie commune après négociation avec les partenaires européens.

Des déclarations toujours ambiguës

Dans un entretien accordé au journal le Parisien, Marine Le Pen déclare qu’elle souhaite garder la monnaie européenne comme monnaie commune. Celle‐ci servirait aux grandes entreprises qui échangent à l’international. Quelques minutes plus tard, elle assène “je pense que l’euro est mort”.

Rassurez‐vous, si vous n’y comprenez plus rien, c’est certainement fait exprès. La candidate et les cadres du parti entretiennent volontairement le flou autour de cette question.

Reflet d’un électorat divisé

Pour séduire un électorat plus large à la veille du deuxième tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen a conclu avec Nicolas Dupont Aignan, président de Debout la France, un accord de gouvernement, dans lequel cette proposition passe même au second plan. La fin de la monnaie unique reste toujours bien présente, mais n’est plus une priorité.

Pour cause, les Français restent réticents à quitter la zone euro. Selon une enquête d’opinion Elabe, pour le journal Les Echos, Radio Classique et l’institut Montaigne réalisée en mars 2017, les Français seraient 72% à ne pas souhaiter sortir de la monnaie unique pour revenir au franc.