Débat 2017 — Les plans de coupe : souriez, vous êtes filmés

Après des jours de négociations, la candidate du Front national a finalement validé les plans de coupe. Mis au banc depuis 1981, les plans de coupe effraient les candidats. Nous vous expliquons pourquoi.

Quand Marine Le Pen parlera en direct du débat ce mercredi soir, Emmanuel Macron ne pourra pas regarder ses fiches. Et vice versa. A tout moment, ils pourront être filmés. Ils ont tous les deux donné leur accord pour l’utilisation des plans de coupe. Ces plans couramment utilisés dans tout type de réalisation, montrent autre chose que le sujet principal. Pour un match de foot, le plan de coupe diffuse des images des gradins, de l’arbitre. Dans le cas d’un débat politique, le plan de coupe montre celui qui écoute et non celui qui parle.

“Il est plus intéressant de cadrer sur la personne qui reçoit information que sur celle qui la donne.”

Jérôme Revon, 54 ans, a réalisé les débats de l’entre-deux-tours de 2007 et de 2012 ainsi que quatre des huit débats de la primaire de la gauche et de la droite cette année. Pour lui, les plans de coupe sont “essentiels” : “Il est plus intéressant de cadrer sur la personne qui reçoit information que sur celle qui la donne.” Les plans de coupes permettent de capter les réactions, les regards, “ils révèlent les émotions du candidat”. Autre atout non négligeable, le plan de coupe rend le débat plus dynamique et moins ennuyeux.

Le plan qui fait peur

Le débat de ce mercredi soir entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron rompt avec la tradition. Le plan de coupe a toujours été évité depuis le débat réalisé par Serge Moati opposant François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing, en 1981. Sans plans de coupe, les candidats peuvent relire leurs fiches, leurs notes, ils sont libres de leurs gestes. Ils peuvent également déstabiliser leur interlocuteur, “comme Ségolène Royal qui évitait le regard de Nicolas Sarkozy en 2007 “, raconte Jérôme Revon. 

S’il y avait eu des plans de coupe dans le passé…

Nous aurions donc pu voir Ségolène Royal “se remettre du rouge à lèvres” pendant les longues  tirades de son adversaires en 2007, ou observer la réaction blasées de Nicolas Sarkozy face au fameux quinze “Moi, Président” de François Hollande en 2012. Jérôme Revon est l’un des seuls à y avoir assisté. “Il était très fatigué ce soir‐là. Pendant toute l’anaphore, il est resté dubitatif. Il n’y croyait pas. Son expression du visage qui semblait dire ‘Oui , toi président, genre…’ .

Ce mercredi 3 mai au soir, rien ne passera inaperçu. Seront diffusés les réactions, les émotions, les soupirs et potentiels moments de relâchement. Tristan Carné, le réalisateur, s’est cependant engagé à user des plans de coupe avec “parcimonie”.