“J’ai regardé le débat, et puis… j’ai changé d’avis”

Avant le débat de l'entre-deux-tours, certains comptaient s'abstenir ; d'autres se laissaient tenter par un vote pour Marine Le Pen. Après, tous ont basculé.

Au premier tour de l’élection présidentielle, Emma, étudiante parisienne de 23 ans, a glissé dans l’urne un bulletin Benoît Hamon. “J’avais longtemps hésité avec Jean-Luc Mélenchon, avoue-t-elle. Ça a été dur de choisir, mais j’ai voulu voter selon mes idées de départ.” Mais au moment des résultats, le soir du 23 avril, elle déchante.

“Je me suis dit que j’allais m’abstenir. C’est impossible pour moi de voter Macron : je l’associe trop à la Loi travail, à toutes les idées que j’ai combattues. Je comprends pourquoi Mélenchon n’a pas donné de consigne de vote.”

“Macron ? C’est surtout car je déteste encore plus Marine Le Pen depuis le débat”

Le soir du 3 mai, elle a suivi le débat de l’entre-deux-tours et… a changé d’avis. Ce qu’elle a haï ? Le sourire permanent de la candidate du Front national, son “attitude de gamine”, le fait qu’elle coupe sans cesse la parole à son adversaire et son côté donneuse de leçon. “Elle était détestable sur la forme : voir ce personnage, cet ogre qui n’a cessé d’agresser le candidat en face.” Elle regarde son portable, lève les yeux au ciel, et continue :

“Je pense que je vais voter pour Emmanuel Macron, voter utile. Non pas parce que je l’aime bien, plutôt parce que je déteste encore plus Marine Le Pen. Avec lui, ça sera un ‘Hollande bis’, c’est quand même moins pire que Marine Le Pen. C’est un vote de rejet.”

Pour le 7 mai, elle donnera consigne de vote à sa mère, à qui elle a fait une procuration. “C’est plus simple que quelqu’un le fasse pour moi, que de mettre un bulletin Macron dans l’enveloppe, toute seule dans l’isoloir.”

Même constat pour Denis*, 23 ans, étudiant bordelais, qui avait voté Mélenchon au premier tour de l’élection. Le 3 mai, il a jonglé entre deux écrans : le match de la Ligue des Champions — Monaco-Juventus — et le débat présidentiel.

“Le soir des résultats, je comptais m’abstenir. Quelque jours après, j’ai décidé de voter blanc, histoire de participer à l’élection quand même.

Là — après le débat — il a carrément changé d’avis.

“Je pense que je n’avais pas assez écouté Marine Le Pen parler. Je ne m’en rendais pas compte. Pendant le débat, j’ai été particulièrement choqué du manque de fond dans ses propos, de son agressivité. Au moins, elle m’a fait trancher. Elle a eu un formidable effet de persuasion : je vais voter Macron. Parce qu’on ne peut pas se permettre de l’avoir comme Présidente.”

Le vote Dupont-Aignan et puis.… l’indécision

D’autres, au contraire, auraient pu être tentés par un vote en faveur de Marine Le Pen, au second tour de l’élection présidentielle, comme Damien*, 23 ans, qui vote à Tours.


Au premier tour, il a voté pour le candidat de Debout La France, Nicolas Dupont-Aignan —  “un vote de conviction”. Le jeune étudiant se dit déçu de l’affiche laissée au second tour de l’élection présidentielle : “j’aurais largement préféré que ça soit Mélenchon, un candidat souverainiste, je n’aurais pas eu de mal à choisir. Alors, quand le 28 avril, Nicolas Dupont-Aignan annonce son ralliement à la candidate du Front national, Damien se laisse tenter et envisage de lui donner son vote.

“Je ne vais pas voter pour Macron, c’est certain. Marine Le Pen, avec Nicolas Dupont-Aignan comme Premier ministre, je me suis dit ‘pourquoi pas’. Après tout, c’est le Premier ministre qui compte le plus — et Nicolas Dupont-Aignan est quelqu’un de modéré, avec du recul sur l’Europe, une pensée pour les TPE et les PME. C’est surtout quelqu’un d’intègre, ni raciste ni xénophobe — comme on l’entend beaucoup pour Marine Le Pen — il ne laisserait jamais passer de telles lois. Pour moi, ça montrait que la candidate du Front national avait fait le choix de la modération… en quelque sorte.”

Mais le soir du débat, Damien est fixé sur son vote. C’est certain, il n’ira pas voter pour Marine Le Pen. “Je l’ai trouvé extrêmement mauvaise, explique-t-il, d’un air dépité. J’ai même revu le débat entre François Mitterrand et Jacques Chirac. Ça n’avait rien à voir avec celui d’hier.… c’en est presque triste pour la politique.”

“Je pense que je vais plutôt voter blanc”

Ni Macron, ni Le Pen, Damien se justifie.

“Elle a seulement été agressive, elle n’a fait qu’attaquer Macron. Je n’attendais pas ça. J’aurais aimé qu’elle parle davantage de son projet, de son alliance avec Dupont-Aignan. J’ai eu l’impression d’être berné. Je me dis que j’aurais décidé dans l’isoloir : le vote blanc ou le vote Le Pen. Mais là, ça va être très dur. Je pense que je vais plutôt voter blanc.”


En grimaçant, le jeune homme raconte qu’il en arrive presque à regretter que le candidat qu’il a soutenu au premier tour se soit rapproché du Front national.

“Je pense que Nicolas Dupont-Aignan doit s’en mordre les doigts. Il n’a pas fait un ralliement, juste un accord de gouvernement : ce qui n’est pas du tout la même chose. Maintenant, elle a perdu toute chance et on est parti pour cinq ans de Macron…

*Les prénoms ont été modifiés.