Emmanuel Macron élu, Jean-Vincent Placé

Lors de la traditionnelle cérémonie de commémoration du 8 mai 1945, deux visages familiers s’invitent sur les photos symboliques de la transition présidentielle. Derrière la poignée de main de François Hollande et Emmanuel Macron, on aperçoit Manuel Valls, revenu d’une période de disette post-élimination de la primaire citoyenne et… Jean-Vincent Placé, grand habitué du photobombing intempestif.

La scène montrant Jean-Vincent Placé sur les photos prises près de l’Arc de Triomphe, sa fille en ciré jaune dans les bras, provoque l’hilarité de ses spectateurs. Le secrétaire d’Etat chargé de la Réforme de l’Etat et de la Simplification n’en est pas à sa première intrusion du genre. Par chaque fois, le message est clair : montrer son adhésion au projet de celui qu’il accompagne avec une ambition assumée, rester dans le giron.

Mais oui, pourquoi pas lui ? Son intention s’affiche clairement dans son autobiographie “Pourquoi pas moi ?”, sortie en 2015 et lue par 552 acheteurs selon le classement des ventes publié par le JDD. Il y est écrit que dès l’adolescence, le jeune Placé montrait déjà un grand intérêt pour la digne charge de délégué de classe.

Macron-Bonaparte et une sorte de Talleyrand

Jean-Vincent Placé a pourtant tardé à montrer son soutien au nouveau président élu. Pour le président de l’Union des Démocrates et des Ecologistes, Emmanuel Macron ne tiendrait pas l’écologie comme “langue maternelle”. Un commentaire justifié par leur désaccord au sujet de la construction de deux EPR à Hinkley Point, en Grande-Bretagne, lancée dès septembre 2016. Jean-Vincent Placé qualifiait alors le projet, très coûteux (22 milliards d’euros), d’“impasse stratégique”.

Ce même mois, le secrétaire d’Etat ne croyait pas une seule seconde aux chances du ministre de l’Economie pour la future présidentielle, lui prédisant un destin “à la Eva Joly”. Elle avait obtenu 2,3% des suffrages en 2012 pour le camp EELV. Quel nez. En février 2017, toujours pas de signe de soutien de la part de Jean-Vincent Placé qui taxe Emmanuel Macron de “bonapartisme” centriste sur la chaîne Public Sénat.

Où il faut quand il le faut

En septembre 2016 déjà : après sept mois discrets au poste de secrétaire d’Etat chargé de la Réforme de l’Etat et de la Simplification, Jean-Vincent Placé est de voyage onusien pour une Assemblée générale. Quotidien de Yann Barthès moque copieusement son attitude alors qu’il se livre à un reportage documenté de sa semaine au sein de la délégation française à l’ONU. Il n’hésite alors pas à se faire photographier avec le président François Hollande.

Cette semaine aux Etats-Unis suit une nouvelle étonnante. En juillet, il rejoignait les forces spéciales comme réserviste citoyen au sein du 13ème régiment de dragons parachutistes. Cette fonction, bien que bénévole, lui apporte le grade honorifique de colonel et une fierté non dissimulée : “Ce régiment est particulier car il est l’héritier des dragons de l’Impératrice Eugénie”. Il n’a cependant jamais sauté en parachute, pas plus que la députée PS Geneviève Fioraso qui s’est saisie de la même occasion.

Quel camp pour Jean-Vincent ?

2017, la présidentielle approche. Comme un fidèle de César, il ne veut pas agir en conjuré. Après Hollande, il soutient Manuel Valls puis Benoît Hamon à la fin du mois de février. Il observe chez lui une “sincère conversion écologique” en célébrant les vertus de “la parole donnée”. Une flèche tirée contre l’écologiste François de Rugy, qui rejoignait alors les rangs d’Emmanuel Macron.

Ce qu’il finit par faire aussi, le 23 avril dernier.

Présidentielle 2012 : Placé pour la gagne

Le “type sans foi ni loi” prêt à vendre “père et mère” décrit par son mentor, le radical de gauche Jean-Michel Baylet en 2013 dans Le Nouvel Observateur, lutte toujours contre son image d’arriviste. Jean-Vincent Placé est souvent sur la défensive. Mais ni sa paternité, qui aurait consolidé sa “fibre environnementaliste”, ni l’assurance d’une “conscience écolo” renforcée par son travail auprès de l’ancien député radical-vert Michel Crépeau ne semblent suffisantes pour prétendre au gouvernement Macron.

Une solitude spirituelle qui rappelle celle, factuelle, où il se dressait en unique non-socialiste sur l’estrade victorieuse de François Hollande en 2012.