Emmanuel Macron : un sacre républicain dans les pas de Mitterrand

La scénographie de l’arrivée d’Emmanuel Macron au Louvre laisse augurer de la manière dont il entend exercer le pouvoir.

La nuit vient de tomber sur la pyramide du Louvre. Environ 15 000 supporteurs brandissent drapeaux tricolores et européens en attendant leur champion, devenu depuis 20 heures le huitième président de la Ve République. Aucun slogan n’est scandé. Les plus jeunes se déhanchent sur de la musique “ambiance boîte de nuit”. Le groupe Magic System, tente de réchauffer un peu l’atmosphère. L’ambiance est à la fête mais la foule reste sage. Elle ne fait que ronronner, sans enthousiasme particulier.

Vers 22 heures 30, la musique s’arrête, un soulagement pour certains. Silence pendant dix minutes, interrompu par les premières plaintes des militants fatigués d’attendre et qui commencent à avoir froid. Puis vient enfin l’annonce tant attendu : “Merci d’accueillir le nouveau président de la République !”.

L’excitation de la foule s’éteint rapidement, lorsqu’elle s’aperçoit qu’Emmanuel Macron n’est pas encore présent. Nouveau long silence. Tous les regards sont tournés vers les deux écrans géants positionnés aux deux extrémités de la scène. Ils montrent un plan large du carrousel du Louvre.

Soudain, les premières notes de l’Ode à la joie de Beethoven se mettent à résonner dans la cour de l’ancien palais royal. Dix secondes plus tard, Emmanuel Macron apparaît enfin, sortant de l’ombre d’un porche du musée. Engoncé dans un costume sombre, il marche seul, la mine grave. Les militants, frénétiques, prennent conscience qu’ils assistent à un moment que l’Histoire retiendra. Une légère vague de frissons parcourt la foule.

Le sacre d’un monarque républicain

Ça a de la gueule quand même”, constate un supporter, très fier. D’autres parlent d’une entrée “hollywoodienne”, qui frôle la grandiloquence. La longue progression du président élu vers le pupitre dure plus de quatre minutes, pendant lesquelles il entre et sort dans les faisceaux des projecteurs qui lui montrent la voie.

C’est à ce moment que le candidat se meut en chef de l’Etat. La scénographie rappelle presque celle d’un sacre. La statut de Louis XIV n’est d’ailleurs pas loin dans cette cour Napoléon.

La chorégraphie fait évidemment écho à l’arrivée de François Mitterrand au Panthéon, le jour de son investiture, le 21 mai 1981. Lui aussi marchait seul, au son de cette même 9e symphonie du compositeur allemand. Seule la rose à la main n’a pas été reprise par Emmanuel Macron.

Un président jupitérien

La mise en scène du Louvre parait avoir été conçue par Jacques Pilhan, ancien conseiller en communication du président socialiste. C’est lui le théoricien de la présidence “jupitérienne”, qui s’illustre si bien par ses images d’un président quasi-divin, qui marche seul dans un lieu chargé d’Histoire.

Selon Pilhan, à l’instar de Jupiter, roi romain des dieux et des hommes, le président se doit d’être “au-dessus de la mêlé”. Le chef de l’état doit raréfier sa parole pour lui rendre toute sa valeur et sa puissance. Dans cette logique, le président ne se mêle pas des petits jeux d’appareils politiques mais des questions régaliennes.

L’ancien ministre de l’économie avait d’ailleurs déclaré le 16 octobre 2016 dans une interview à Challenge : “je ne crois pas au président normal”. Alors candidat, il avait fustigé “une présidence de l’anecdote, de l’événement et de la réaction qui banalise la fonction”. Une critique en creux de François Hollande. “Le chef de l’Etat est le garant du temps long”, expliquait à l’époque Emmanuel Macron. Dans cette lignée, le nouveau président a annoncé dans la foulé de son élection, dimanche 7 mai, sa démission de la présidence de son mouvement en Marche !

La difficulté pour Emmanuel Macron va être d’incarner un Président qui prend du recul, à l’heure de l’explosion des canaux de communication. L’idée est de ne pas reproduire les travers d’un Nicolas Sarkozy qui se voulait omniscient et d’un François Hollande qui est allé jusqu’à intervenir dans le dossier Léonarda, du nom de cette jeune femme kosovare expulsée de France en 2013. Pour s’en prémunir, M. Macron, qui s’exprimait déjà peu avec les journalistes lors de son passage à Bercy, compte refermer les grilles de l’Elysée.