Rassemblement anti-élections: « Avec Macron, on pourra mieux lutter qu’avec Le Pen »

Un rassemblement d'extrême gauche a donné de la visibilité, dimanche à Paris, au courant des "ni, ni". Plusieurs centaines de militants ont exprimé leur opposition au nouveau Président de la République Emmanuel Macron entre Ménilmontant et Stanlingrad, dans l'odeur des gaz lacrymo.

« La démocratie nullement représentative des urnes intronisera dimanche 7 mai (…) le millionnaire ex-banquier instigateur de la Loi Travail (…) OU l’héritière du FN, candidate du national-socialisme. » L’appel à la mobilisation anti-élection lancé sur internet par le collectif “Génération ingouvernable” avait prévu de dire sa vérité, quel que soit le résultat du second tour de l’élection présidentielle.

« Pour nous, c’est ni, l’un ni l’autre. Ni la fasciste, ni le bébé des banques. »

Dimanche, ils étaient plusieurs centaines de militants d’extrême gauche à avoir répondu présent pour protester dans le nord-est de Paris. Devant le bar Saint Sauveur à Ménilmontant, Julie, une trentaine d’années, boit une bière avec ses amis dans l’attente des résultats. « Pour nous, c’est ni, l’un ni l’autre. Ni la fasciste, ni le bébé des banques », assure-t-elle, crâne à moitié rasé et piercing au septum, d’une voix déterminée. « Dans les deux cas, on va douiller sévère ». Elle décrit cette mobilisation comme « antifasciste, anti-capitaliste et anarchiste ».

A quelques mètres, une militante annonce la victoire d’Emmanuel Macron à laquelle tous s’attendaient. “Macron démission”, entend-on parmi les militants qui sifflent et se galvanisent de huées et de slogans anticapitalistes au rythme des tambours. Le cortège se met en marche et s’engouffre dans la rue des Panoyaux, dans le 20ème arrondissement. Nombreux sont masqués d’un foulard ou d’un masque de ski pour se protéger des grenades lacrymogènes qui ne tardent pas à rendre l’air irrespirable.

Les CRS ont dispersé les émeutiers en lançant des grenades lacrymogènes sur le boulevard de Ménilmontant.
Un militant porte un masque de Guy Fawkes, un conspirationniste londonien. Ce masque est devenu un symbole de protestation après sa reprise par plusieurs collectifs comme Anonymous.

Les CRS tentent de former une nasse pour bloquer les manifestants. Certains, comme Thomas, ont prévu le sérum et les compresses, pour aider ses “camarades victimes de violences policières”. L’étudiant en philosophie refuse de dire qu’il se sent soulagé par la défaite de l’extrême-droite, il a Macron en tête. “J’ai passé mon année à lutter contre ses lois, explique-t-il. Ça fait trois ans que je milite et je continuerai à militer ces cinq prochaines années”. L’homme de 22 ans, radicalement opposé à “tout système de représentation et d’organisation verticale de la société”, n’a jamais voté.

Mélenchon, c’était leur “vote utile”

Ce n’est pas le cas d’Aurélie et de ses deux amies. Toute trois ont voté pour le candidat d’En marche! par dépit au second tour : “On est contre les deux. On a donné le pouvoir à quelqu’un qui a voté plein de lois néo-libérales pourries (NDLR, Macron n’a pas été député mais ministre au cours du quinquennat). Mais au moins, avec lui, ça va être plus facile de lutter qu’avec Marine Le Pen”, lâche Aurélie, qui ajoute : “On veut lutter comme on l’avait avec avec Nuit Debout et montrer qu’on est capables de s’auto-organiser, sans les forces publiques”.

Elle, comme beaucoup d’autres, s’apprêtent à lutter activement contre le programme d’Emmanuel Macron pendant ces cinq prochaines années. “On sait que si on n’occupe pas vraiment les places, on va passer pour des gauchistes de merde, qui font une manif par semaine qui ne sert à rien.” Au premier tour, elles avaient voté pour Jean-Luc Mélenchon, portées par la vague insoumise mais sans grande conviction. “On n’est pas d’accord avec ses idées : c’est un laïcard à la française, un républicain, un nationaliste, ami de la Russie.” Mais Mélenchon, c’était leur “vote utile”. Ce soir, autour d’elles, c’est le drapeau anarchiste que l’on agite.

Le drapeau noir de l’anarchie

« On aura que ce qu’on prendra !»

Pour les émeutiers présents, les manifestations autorisées sont inutiles. Une militante explique : “Les manifestations ne sont pas fédératrices. Quand on déclare un rassemblement, on se met dans leur jeu, on se conforme à leurs attentes. C’est de la folklo-démocratie !”. “On aura que ce qu’on prendra !”, déclare une autre avant de disparaître dans la foule. Vers 23 heures, les CRS ont déjà bouclé le quartier.

Un cordon de CRS bloque ici la rue de Ménilmontant, comme celle d’Oberkampf. Les manifestants attendent groupés sur le carrefour un peu plus loin, et s’organisent pour continuer.

Les manifestants calment leur zèle. Certains tentent de s’organiser pour repartir dans les rues, malgré l’important dispositif mis en place pour les retenir. Debout sur un banc, un jeune d’une vingtaine d’années interrompt les slogans “Tout le monde déteste la police !”. D’une voix qui porte, il lance un appel “Rapprochez-vous ! Ca sert à sert à rien de rester là. Alors qu’est-ce qu’on fait?”. Un débat commence où les plus déterminés prennent la parole les uns après les autres pour élaborer une stratégie. Au cours de la nuit, 141 personnes ont été interpellées.

Tous le savent, la lutte reprend dès le lendemain, à République. “Régression sociale élue, tous dans la rue”, s’intitule l’événement conduit par sept associations de gauche. Il se tiendra à 14 heures. Et pour les militants, la mobilisation doit continuer jusqu’en 2022. Ou jusqu’à la démission du nouveau président de la République, Emmanuel Macron.

*Les prénoms ont été modifiés