Macron sans les jeunes : les 18–24 ans attachés au clivage gauche‐droite

Les jeunes militants républicains et socialistes ne marchent pas avec Emmanuel Macron. Depuis dimanche soir et son élection à la présidence de la République, ils prennent leurs distances avec son projet.

Dimanche 7 mai, c’est en traînant des pieds qu’ils ont glissé un bulletin au nom d’Emmanuel Macron dans l’urne. Les jeunes militants des Républicains et du Parti socialiste se placent désormais dans l’opposition au nouveau président élu. “J’ai voté Emmanuel Macron au deuxième tour, admet Léo Garcia, responsable des jeunes LR d’Ariège. Mais c’était surtout pour contrer Marine Le Pen.” A vingt‐trois ans, il fait partie de cette jeunesse engagée politiquement et tournée vers l’échéance des législatives, dans l’espoir de peser sur les décisions du nouveau locataire de l’Elysée.

Placé au centre du jeu, Emmanuel Macron est une cible pour la gauche et la droite. Si certains ténors se sont lancés dans de grandes manœuvres pour décrocher un strapontin ministériel, les jeunes encartés souhaitent voir leurs organisations conserver leur liberté d’action. Clémentine Richer Delforge (23 ans), animatrice du Mouvement des jeunes socialistes en Ille‐et‐Vilaine, estime la collaboration impossible : “Son projet n’est pas de gauche.”

Pour l’étudiante en sciences politiques, les socialistes ont intérêt à lorgner vers les insoumis de Jean‐Luc Mélenchon, davantage que chez les marcheurs du président. “Le MJS appelle à une discussion pour l’union de toute la gauche aux législatives”, explique‐t‐elle.

Une démarche dans l’urgence qui a peu de chances d’aboutir sur un accord entre les principales organisations de gauche. C’est l’avis de Sarah Allaze, vingt ans. L’étudiante en pharmacie et militante au PS juge les divergences trop importantes entre les socialistes et les insoumis, notamment sur l’Europe. Selon elle, la priorité est de faire barrage à la droite et à l’extrême droite lors des législatives. Quitte à s’entendre avec En Marche! en cas de triangulaire : “Emmanuel Macron un progressiste comme nous, même si sa ligne économique est plus libérale”, se justifie‐t‐elle.

L’absence de ligne claire au sein du mouvement la laisse toutefois perplexe. “Je vois mal Christian Estrosi (LR) d’accord sur les questions sociétales avec Barbara Pompili (Parti écologiste), détaille la militante. Dire qu’il n’y a pas de droite ni de gauche, c’est nier la réalité.”

Les Républicains se divisent aussi entre les partisans d’une collaboration modérée avec l’ancien ministre de l’Economie et les tenants d’une opposition ferme. Le Pyrénéen Léo Garcia s’inscrit dans le premier courant. “Il est possible de constituer une entente qui irait de la droite aux sociaux‐libéraux, en passant par le centre droit”. Une position qui tranche avec celle de son camarade Bastien Porcher (vingt‐quatre ans), commercial et encarté à l’UMP, puis LR.

Pour lui, Emmanuel Macron est l’héritier de François Hollande et reste un socialiste. Il ne croit pas à son positionnement centriste. “Quand on a des convictions, on les assume jusqu’au bout, on ne change pas pour se faire élire”. Le jeune homme, soutien de Nicolas Sarkozy, est favorable à un resserrement de la droite autour d’une ligne dure.

Emmanuel Macron devra probablement composer avec une majorité mouvante au Parlement. C’est ce que suggère Léo Garcia. “Il peut y avoir une entente sur certains dossiers, mais pas une coalition”.

Le nouveau président doit désormais confirmer sa victoire du 7 mai. Le défi des marcheurs est de passer d’un projet incarné par un chef à un véritable mouvement de rassemblement. L’éclaircie viendra peut‐être de la droite, davantage que des socialistes, où nombre de militants rejettent l’idée d’une coalition transpartisane.