Esclavage, traite et travail forcé : Cécile Duflot veut accorder réparation

Ce 10 mai, la France commémore l’abolition de l’esclavage. Hier, à la veille de cette date symbolique, la députée écologiste Cécile Duflot a déposé deux propositions de loi. Objectif : reconnaître le travail forcé comme un crime contre l’humanité et prévoir des réparations pour les victimes de la traite, de l’esclavage et du travail forcé.

Esclavage et travail forcé

Tous deux sont interdits en France. L’esclavage est aboli en 1848, le travail forcé en 1946 — presque un siècle plus tard. Retour sur ce qui distingue les deux notions, d’un point de vue juridique.

- Un individu “réduit en esclavage” est privé de sa liberté. Placé sous la dépendance d’un maître, il peut être vendu ou acheté. Ce commerce est qualifié de traite négrière. Du XVIe au XIXe siècle, les bateaux négriers quittent les ports d’Europe pour acheter des esclaves dans les colonies africaines. Ils les vendent ensuite comme main‑d’œuvre dans les plantations, en Amérique. Un esclave est considéré comme un objet, un instrument économique, destiné à effectuer des tâches pénibles sans autre contrepartie que le gîte et le couvert.

Ci-dessus : «Bois d’ébène», un documentaire-fiction de Moussa Touré. Il décrit le temps de la traite négrière et de l’esclavage dans les Antilles françaises.

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- On considère comme “travail forcé” tout travail ou service exigé d’un individu sous la menace et contre son gré. A la différence de l’esclave, celui qui le subit reste considéré comme une personne. Il perçoit à ce titre une rémunération et reste libre en dehors de ses heures de travail. Ses tâches lui sont toutefois imposées de façon violente et autoritaire. Dans les colonies françaises, le travail forcé se substitue à l’esclavage aboli. Les “indigènes” sont employés pour le transport de marchandises, l’entretien des villes ou encore la construction de la ligne de chemin de fer entre Brazzaville et Pointe Noire, au Congo français.

Ci-dessus : L’historien Olivier Le Cour Grandmaison revient sur le travail forcé.

Compléter la loi Taubira

En France, l’esclavage et la traite négrière sont considérés comme des crimes contre l’humanité depuis la loi Taubira, adoptée le 10 mai 2001. Mais la version finale a été amputée de l’article prévoyant des réparations pour les victimes.

Cécile Duflot souhaite compléter cette loi, doublement. D’abord, en élargissant son périmètre. Elle propose de reconnaître le travail forcé comme un crime contre l’humanité, au même titre que l’esclavage.

C’était un esclavage de fait, avec des formes différentes, mais avec une réalité sur les humains similaire. Dans la réalité, ces deux statuts se confondaient.”

La députée écologiste veut ensuite prévoir des réparations, morales et financières, pour les victimes de l’esclavage, de la traite négrière et du travail forcé. Des réparations morales existent déjà. Ce sont des monuments, comme la stèle au jardin du Luxembourg (Paris), ou des projets de sensibilisation, à l’instar du mémorial de Nantes.

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L’impossible réparation ?

Accorder une compensation financière s’avère complexe. Cela suppose d’identifier les descendants d’esclaves et les entreprises qui se sont enrichies grâce à l’esclavage. Et de pouvoir le prouver lors d’une action en justice.

François Hollande lui-même parlait d’uneimpossible réparation” des traites négrières et de l’esclavage.

Il y aurait une note à payer et ensuite ce serait fini ? Non, ce ne sera jamais réglé”.

C’était il y a exactement trois ans, lors de la cérémonie de commémoration de l’abolition de l’esclavage. Pour le président de la République, la priorité reste “la paix des mémoires réconciliées”. La mémoire et la réconciliation, plutôt que les réparations et les procès.

Avant d’en arriver là, les deux propositions de Cécile Duflot doivent être adoptées à l’Assemblée nationale. Leur examen devra attendre la prochaine législature, après les élections de juin prochain.

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