FACT-CHECK. Si, Monsieur Philippot, des élus FN critiquent la ligne de leur parti

Le vice-président du Front national (FN) nie les contestations en interne sur l'orientation politique du parti.

Malgré la qualification pour le second tour de Marine Le Pen et un record en nombre de voix, le FN parait plus divisé que jamais au lendemain de l’élection présidentielle. Les raisons : un débat particulièrement houleux au sein du parti frontiste sur les raisons de la défaite. La ligne sociale défendue par Florian Philippot est dans le collimateur.

L’intox :

Le vice-président du FN était l’invité ce 10 mai, de Jean-Jacques Bourdin sur RMC. L’interviewer en a profité pour citer “plusieurs élus FN” qui se plaignent de devoir défendre “les 35 heures, la retraite à 60 ans, l’ISF et défendre une sortie de l’euro sous huitaine.” En résumé, des élus qui ne veulent pas défendre la ligne Philippot.

Le principal intéressé en bafouille un peu : “Enfin euh… Ecoutez mais ça ce sont des… C’est qui ça ? Il n’y a jamais de nom… […] On dit des élus…”.

Je vais vous les trouver […] Vous les connaissez mieux que moi” lui rétorque Bourdin.

Qui sont ces élus ?

Difficile d’obtenir le nom des élus qui sont les plus virulents en interne. Dans un parti fortement attaché à la figure du chef, où la prise de décision est très verticale, les voix divergentes sont souvent rares. Pourtant, depuis la fin de la campagne présidentielle, les plaintes des élus, plutôt à la droite du parti, sont plus nombreuses mais restes anonymes. Florian Philippot adopte une posture de défense habile lorsqu’il demande à Bourdin le noms des élus rebelles. Le journaliste ne peut les donner, mais Philippot sait pertinemment qu’ils excitent.

En revanche, des “proches” du FN se sont permis de blâmer la stratégie adopté par le parti pendant la présidentielle. Ainsi, Julien Rochedy, ex-président du Front National de la jeunesse, cité par Libération, compare la situation du FN à celle du Parti communiste français des années 70 : “une grosse base populaire qu’il stérilise par incapacité et absence de volonté, à aller au delà”.

Robert Ménard, maire de Béziers et proche de Marine Le Pen (sans être membre du FN) estime lui, dans le Figaro, qu’il faut  abandonner le thème de prédilection de la sortie de l’Euro. “Il y a des choses à changer en Europe mais il faut arrêter d’en faire le bouc-émissaire de toutes nos difficultés françaises”.

Surtout, l’intox de Philippot intervient le lendemain de l’annonce par Marion Maréchal-Le Pen, figure “traditionnaliste” du FN, qu’elle abandonne la vie politique. Un “choix personnel” mais qui a peut-être également une explication politique.La jeune députée avait en effet déclaré en 2013 a Parisien : “le jour où j’aurai une divergence de fond avec la ligne du parti, je ne chercherai pas à l’imposer. J’arrêterai la politique, tout simplement”.

Le “gaucho-lepénisme” dans le viseur

Difficile de nier qu’actuellement, au FN, l’heure est au règlement de compte. Le score de Marine Le Pen à la présidentiel a déçu bon nombre de responsables frontistes, qui, à défaut de s’attaquer à leur championne, réprouvent ses conseillers.

Exemple avec cet “élu sudiste”, cité par la Canard enchaîné du 10 mai : “La vérité c’est qu’on fait au second tour le score qu’on espérait secrètement au premier ! Et il y a encore des mecs à Paris pour nous dire que c’est formidable”… Pour lui, “rien ne va changer, on va continuer avec le programme économique à la con de la sortie de l’euro, de la destruction de l’Europe et de la retraite à 60 ans !

Visé, Florian Filippot se défend dans l’interview à RMC : “on peut toujours se flageller. On peut aussi se consoler quand on voit le sort qui est arrivé à d’autre très grand parti politique qui n’ont même pas franchi la barre du second tour”.

Au menu du droit d’inventaire : l’orientation gauchisante qu’a pris la campagne présidentielle, incarnés par le vice-président du FN mais aussi par le directeur de la campagne David Rachline et le conseiller et ex-mégrétiste, Philippe Olivier. Florian Philippot n’avait-il pas déclaré avant la campagne : “prendre la place de la droite, cela va à contre sens de l’histoire” ?

Pendant la campagne, la stratégie a été de tenter de réconcilier antilibéraux de gauche et souverainiste de droite. Avec une tentative appuyée de séduction de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon au second tour. Emmanuel Macron était décrit comme le candidat de “l’oligarchie financière”.

La tactique ne semble pas avoir été payante, puisque selon une étude de l’institut Ipsos, Marine Le Pen a été soutenue par 20% des électeurs de François Fillon au second tour de la présidentielle, et par seulement 7% par ceux de Jean-Luc Mélenchon.

Un argument de plus pour ceux qui souhaitent voir le parti se recentrer à droite. Ce mouvement aurait pu être incarné par Marion Maréchal-Le Pen. Raté.