FACT-CHECK. Christian Estrosi, l’immigration et la menace terroriste

Prétendre au gouvernement Macron ? Christian Estrosi a balayé la rumeur  ce matin sur France Info. Il en a profité pour revenir sur deux de ses thèmes prioritaires : l'immigration et la menace terroriste. Deux questions abordées ce matin qui méritent d’en vérifier les termes et les chiffres cités.

Christian Estrosi a mis en avant son attachement pour la ville de Nice, dont il sera à nouveau le maire dès la semaine prochaine. Il évoque sur France Info des “cicatrices” laissées par l’attaque au camion survenue sur la promenade des Anglais le 14 juillet 2016. En revenant à la tête de la capitale azuréenne peu avant les législatives, Christian Estrosi souhaite concentrer son action politique contre l’immigration clandestine et le terrorisme.

“Je demanderai la fermeture immédiate, dans les trois semaines qui suivront la nomination du nouveau gouvernement, d’une mosquée [niçoise, ndlr] dont le propriétaire est le ministre des Affaires islamiques saoudien et qui est fréquentée par des fichés S.”

C’EST COMPLIQUE

Oui, le propriétaire est bien le ministre des Affaires islamiques saoudien Cheikh Saleh ben Abdel Aziz Al-Cheikh, comme en témoignent de nombreux médias. En 2013, son supérieur, le grand mufti d’Arabie Saoudite s’exprime devant une délégation venue du Koweït. Il estimait “nécessaire ” de détruire “toutes les églises” de la péninsule arabique et prône le régime de la charia.

La mosquée niçoise En-Nour a été inaugurée le 9 juillet 2016 après 14 ans de combat juridique et administratif.

Quant à la mention de Christian Estrosi des “fichés S” qui se rendraient dans ce lieu de culte, elle n’est pas vérifiable.

L’existence d’un seul individu fiché S fréquentant la mosquée En-Nour a été révélée par le quotidien Nice-Matin le 4 avril 2017. Il fait partie de l’association culturelle responsable de la gestion du lieu de culte niçois. La préfecture a démenti cette information avancée par Christian Estrosi avant le résultat de l’enquête du journal niçois.

“95% des déboutés du droit d’asile restent chez nous”

C’EST FAUX

Ce chiffre vient d’un référé de la Cour des comptes rendu public en 2015. Mais son calcul est trop simple : il s’appuie sur les statistiques de la Direction générale des étrangers de France (DGEF) pour l’année 2014. Selon elle, 1 432 personnes déboutées du droit d’asile ont été “éloignées” du territoire

1 432 personnes “éloignées”, donc, pour 40 206 personnes déboutées de leur demande d’asile cette même année. Du ratio entre les deux chiffres résulte le taux de 96%, grand argument de la campagne électorale de Marine Le Pen.

En vérité il est très difficile à évaluer. Pour Valérie Pécresse, il s’élevait à 80% contre 95% pour Eric Ciotti, pas si loin de la Cour des comptes, et 66% pour Roger Karoutchi. En juillet 2014, Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur, estimait à seulement 20% le taux de demandeurs d’asile déboutés (mais jamais expulsés).