Investitures d’En Marche ! : À Lyon, le renouvellement attendra pour Gérard Collomb

Le mouvement d’Emmanuel Macron promettait de faire la part belle à la société civile dans ses investitures aux législatives. Cet engagement est tenu à l’échelon national, mais les critères de sélection n’ont pas été respectés dans le département du Rhône. On y retrouve de nombreux personnages politiques proches de Gérard Colomb, maire socialiste de Lyon et soutien de la première heure du nouveau président de la République.

La société civile d’accord, mais à petite dose. Dans le département du Rhône, l’exercice d’un mandat électoral ne semble pas avoir été un obstacle pour l’investiture aux législatives. Sur les 14 candidats de La République en marche ! , seuls quatre n’ont jamais été élus. Ils ne représentent ainsi que 29 % des effectifs. Un chiffre très éloigné des 52% atteints lors du dévoilement des 428 premiers noms le 11 mai dernier.

Candidats LREM issus de la société civile

 

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Plus de dinosaures que de nouvelles têtes

Certains candidats sont aux antipodes du renouvellement de la classe politique prôné par le mouvement. Jean-Louis Touraine est des leurs. A 71 ans, le député sortant de la troisième circonscription du Rhône cumule à lui seul cinq mandats électoraux, dont le premier engagé en … 1989. Yves Blein n’est pas en reste puisqu’à 63 ans, le député de la 14e circonscription du Rhône est aussi maire et a été vice-président du Grand Lyon (collectivité territoriale). Thomas Rudigoz est plus jeune que ses homologues, mais il possède déjà une carrière bien remplie. À 46 ans, l’homme est un politicard, un vrai. Actuellement maire du 5e arrondissement de Lyon et conseiller métropolitain, il avait déjà exercé un mandat de conseiller départemental de 2008 à 2014. 

Les 14 candidats investis ont au total 13 mandat en cours. Certains comme Anne Brugnera, à la fois conseillère municipale et métropolitaine, exercent plusieurs fonctions. On compte 4 mandats de maire, 5 de conseiller municipal, 2 de conseiller métropolitain et 2 de députés.

Nombre de mandats cumulés des 14 candidats LREM 

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65% des candidats étiquetés issus de la gauche

Cette absence de renouvellement s‘accompagne d’une faible diversité des sensibilités politiques. Comme à l’échelle nationale, la gauche est présente en masse. Si l’on retire les trois personnes issues de la société civile, dont l’orientation politique est inconnue, 65% des candidats sont issus du Parti socialiste et du Parti radical de gauche. Trois d’entre eux sont apparentés à divers mouvements de droite, tandis que Cyrille Isaac-Sybille, le président départemental du MoDem, est le seul centriste.

Couleur politique des candidats investis dans le Rhône

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Les copains lyonnais de Collomb

Le parti de François Bayrou a d’ailleurs annoncé aujourd’hui qu’il présentera des candidatures dissidentes dans trois circonscriptions du département. Un accord de longue date unissait les deux camps, mais le parti centriste s’estime « floué » par les choix de La République en marche !.

Selon le MoDem, le mouvement d’Emmanuel Macron ne respecte pas son engagement pour «une véritable alternance, un vrai changement des pratiques et des orientations

Il reproche à Gérard Collomb, maire socialiste de Lyon et proche du président de la République, d’avoir cédé « par faiblesse aux pressions du PS » pour imposer ses candidats, dont il semble pour certains très proche.

C’est le cas d’Hubert Julien Laferrière, investi dans la 2e circonscription du Rhône. Le journal Lyon Quotidien le présente comme un homme « à qui Gérard Colomb aurait longtemps promis des postes » mais qui « aurait toujours été sacrifié.»

Le député septuagénaire Jean-Yves Touraine aurait aussi profité de l’aide du maire de Lyon, dont il a été le premier adjoint pendant 13 ans. De plus, le favoritisme exercé par le sénateur pourrait avoir conduit à la retraite l’ancien secrétaire d’Etat aux sports, Thierry Braillard. Député Radical de gauche, il avait décidé de se présenter sous la bannière de La République en marche ! dans la 1ère circonscription. Mais surprise, le mouvement a investi la semaine dernière un candidat contre lui.  Un certain Thomas Rudigoz, proche de … Gérard Colomb, qui s’était juré de faire battre l’ancien bras droit de Patrick Kanner. Joint par Buzzfeed, Thierry Braillard n’a pas souhaité s’exprimer : « Je me suis retiré de la vie politique, ce n’est pas pour la commenter dès le lendemain.» Mardi soir, il a publié un communiqué sur Tweeter pour expliquer son retrait de la vie politique.

Gérard Colomb se serait donc servi de La République en Marche ! pour placer ses proches. Si elle s’avérait, cette accusation pourrait expliquer la contradiction entre les profils sélectionnés dans le Rhône et les critères retenus par la commission nationale d’investiture du mouvement.