Cumul, transparence, égalité : quel député était Edouard Philippe ?

Les votes de l'ancien parlementaire devenu depuis lundi 15 mai, premier ministre, révèlent des prises de position parfois opposées à celles d'Emmanuel Macron.  

Edouard Philippe, peu connu du public, a été nommé chef du gouvernement par le nouveau président alors qu’il n’a aucune expérience ministérielle. Il est en revanche député LR de Seine-Maritime depuis 2012. L’étude de son activité parlementaire dresse le portrait d’un élu peu assidu et souvent en opposition avec des projets qu’il aura à défendre maintenant qu’il est locataire de Matignon.

Un député peu présent

Edouard Philippe s’est fait remarquer par son manque d’assiduité à l’Assemblée nationale. Des absences répétées qui lui ont valu des railleries sur Twitter, depuis sa nomination à Matignon lundi.

Lionel Tardy, également député LR et jamais avare de compliment, déclarait d’ailleurs au sujet d’Edouard Philippe : “Je l’ai peu vu à l’Assemblée, hormis à la buvette”.

Lorsqu’il était présent au palais Bourbon, le maire du Havre n’était, en effet, pas très actif. Il n’est intervenu que 27 fois dans l’hémicycle alors que la médiane des députés se situe à 133 interventions. Il n’a posé que 29 questions écrites (contre 79 par député) et n’en a proposé que 6 (la médiane des amendements déposés est de 105 par député).

Tenu par une logique d’appareil

Quand il était présent dans l’hémicycle, Edouard Philippe se trouvait parmi les adversaires du gouvernement socialiste en place et votait, quasiment toujours, conformément aux consignes du groupe Les Républicains. Problème : plusieurs de ces projets étaient ou sont défendus par Emmanuel Macron, qui souhaite les conserver ou les renforcer. Emmanuel Macron a été ministre de l’Economie et donc membre de ce gouvernement socialiste, entre 2014 et 2016. 

  • En mai 2016, Edouard Philippe a voté la motion de censure déposée par la droite, après le recours par le gouvernement de Manuel Valls au 49.3 pour faire passer la loi Travail. Au moment des débats sur cette loi, le nouveau Premier ministre ne s’est pas privé de critiquer celui de l’époque, dénonçant son incapacité à entretenir un dialogue social apaisé”. Emmanuel Macron a lui prévu d’adopter rapidement, par ordonnance, un texte sur le droit du Travail qui vise à renforcer des dispositions de la loi El-Khomri.

 

 

  • Le nouveau Premier ministre s’est abstenu de voter pour la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes. Une position qui paraît en désaccord avec celle d’Emmanuel Macron, qui souhaite s’engager pour cette cause et en faire une priorité pour son quinquennat :  “L’égalité entre les femmes et les hommes (…) détermine la vitalité de toute notre société. Pour préserver cette vitalité nous devons nous fixer trois priorités : aider les femmes à concilier leur vie familiale et leur vie professionnelle ; permettre aux femmes de mieux vivre de leur travail ; lutter plus efficacement contre le harcèlement et les violences faites aux femmes”, affirme-t-il dans ses promesses de campagne.

 

  • En juin et novembre 2016, Edouard Philippe a également voté contre la loi sur “la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique” ou loi “Sapin 2”. Cette loi, portée par Michel Sapin, reprenait des éléments de la loi NOE, que défendait Emmanuel Macron avant de quitter le gouvernement. Elle a été adoptée le 8 novembre 2016.

 

  • Pour finir, Edouard Philippe a voté à la fois contre la loi sur la transition énergétique pour une croissance verte et contre la loi sur la biodiversité en 2015. Celui qui a été directeur des Affaires publiques d’Areva de 2007 à 2010 ne brille pas par son engagement pour l’écologie. Une prise de position peu compatible avec “l’urgence écologique” qu’a évoquée Emmanuel Macron dans son discours au soir du premier tour, le dimanche 23 avril.

Comment expliquer de tels votes ? Pour Christophe Castener, porte-parole de la République en Marche !, Edouard Philippe était à l’époque où il était député “tenu par une logique d’appareil”. En acceptant Matignon, “il s’en est libéré”.

François Baroin, chef de file des Républicains — le parti de M. Philippe — pour les législatives, est aussi revenu sur cette situation délicate sur BFM TV. Il a notamment rappelé que le nouveau Premier ministre devrait “défendre un projet qu’il a combattu” quand il était député. “C’est un exercice intellectuellement difficile, a poursuivi le maire de Troyes, et il lui appartiendra à lui de résoudre cet élément de schizophrénie.