Restaurer la vertu en politique, sans doute un vœu pieux

On l’étudiait sous le gouvernement Hollande mais l’affaire Fillon l’a placée au cœur des préoccupations de la présidentielle 2017 : la moralisation de la vie politique est un des chantiers prioritaires d’Emmanuel Macron. La bonne volonté du président de la République ne suffira peut-être pas, cependant, à empêcher un nouveau scandale. 

Les demeures ministérielles de la rive gauche de Paris sont réinvesties ce mercredi, après l’annonce de la composition du nouveau gouvernement. Elle a été annoncée à 15 heures, avec un jour de retard. L’exécutif a pris son temps, soucieux de la clarté de la situation fiscale, patrimoniale et judiciaire des nouveaux ministres. Une vérification opérée par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), créée en 2013. Cette réponse est partiellement due aux scandales de l’affaire Cahuzac révélée par Médiapart en 2012 et l’affaire Thévenoud en 2014.

Fiabilité obligatoire pour Edouard Philippe

La HATVP, dont l’établissement a été engagé par la loi du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique, n’aurait pu compter sur l’approbation de l’ancien député UMP Edouard Philippe. Il avait voté contre. Ce qui a provoqué chez le député PS de l’Aisne René Dosière, spécialiste de la transparence et grand observateur des finances publiques, un commentaire opaque ce matin sur LCI : “Les convertis de la dernière heure sont souvent les meilleurs.”

En référence aux déclarations de patrimoine “un peu légères” de l’ancien maire du Havre en 2014, René Dosière (aussi appelé le “Monsieur Propre de l’Assemblée nationale”) attend de lui “une déclaration complète, exhaustive.”

https://twitter.com/Le_Figaro/status/864825355504422912

Rétablir la confiance, c’est urgent

Depuis 2009, le baromètre sondagier Cevipof donne une idée de la confiance que les Français accordent aux personnalités politiques. En 2017, 75% des sondés estiment qu’ils sont “plutôt corrompus”. Durant sa campagne, Emmanuel Macron s’est attaché à restaurer cette confiance perdue en portant nombre de ses promesses sur la moralisation de la vie politique.

À la veille du premier tour de la présidentielle 2017, nombreux sont les médias qui reprochent à François Fillon de ne faire aucune mention de l’évasion et de la fraude fiscale dans son programme. La même remarque est faite au candidat Emmanuel Macron, qui disait alors vouloir “alourdir les sanctions” contre les fraudeurs. A l’époque, il ne donnait pas de précisions à ce sujet. Désormais il se dit prêt à livrer bataille contre les conflits d’intérêts, les emplois familiaux, les dépenses des parlementaires et la succession illimitée de leur mandats.

Affaire Cahuzac : plus jamais ça

Le spectre de Jérôme Cahuzac est réapparu avec la volonté d’Emmanuel Macron de ne pas connaître les mêmes errements découverts sous la présidence Hollande. Pour René Dosière, invité ce matin sur RMC, la vérification des statuts fiscaux des ministrables engagée la veille par Emmanuel Macron contre les fraudes peut faire éviter un scandale Thévenoux, mais pas une affaire Cahuzac : “Pas de quoi éviter les scandales, tout juste éviter les éventuels dégâts.” Pas suffisant donc, car il estime que 48 heures d’étude des comptes des nouveaux ministres ne permettent pas de vérifications approfondies : “Il s’agit simplement comme on l’a dit de vérifier qu’il n’y a pas de retards dans les impôts, pas de contentieux. Et puis peut-être pour les ministres issus de la société civile, qui peuvent avoir des intérêts plus divers (…) de vérifier rapidement s’il n’y a pas de risque de conflits d’intérêts.” En attendant de proposer ses propres idées, René Dosière jugeait ce matin à l’antenne de RMC qu’il était nécessaire de supprimer la réserve parlementaire.

Neuf jours après sa nomination en tant que secrétaire d’Etat au Commerce extérieur en 2014, Thomas Thévenoud démissionnait. Il avait été découvert qu’il n’avait pas déclaré ses revenus de 2012. Hasard curieux : Thomas Thévenoud faisait d’ailleurs partie de la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Cahuzac.

En proposant de renforcer le pouvoir de la HATVP et du parquet national financier, Emmanuel Macron s’attaque à la fraude fiscale et au blanchiment alors perpétré par l’ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac. Ajoutons à cela l’annonce d’une fonction de déontologue à l’Assemblée (le Sénat comptant déjà un comité de déontologie) : ces trois points viendraient compléter un “arsenal judiciaire”, d’après Le Monde, parmi les “plus avancés d’Europe.” Raison de plus de le faire fonctionner.