Communication, Macron, Politique

Comment Emmanuel Macron verrouille sa com’

Conformément à sa volonté d'être un chef de l'Etat "jupitérien", Emmanuel Macron cadenasse sa com'. Au risque d'exaspérer la presse.

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Mercredi 18 mai, premier conseil des ministres de l’ère Macron. Les journalistes sont plus nombreux que d’habitude et excités à l’idée de faire connaissance avec le nouveau casting gouvernemental, annoncé la veille. Sous le soleil, les ministres arrivent tout sourire à 11 heures à l’Elysée, dans une scénographie qui rappelle la montée des marches du Festival de Cannes. Les photographes hurlent les noms des têtes d’affiche pour qu’ils prennent le temps de poser. Ils se limitent à des “s’il vous plait” pour apostropher les ministres encore anonymes, c’est à dire la plupart.

Quelques minutes plus tard, surprise : contrairement à l’usage, les journalistes sont priés d’évacuer la cour de l’Elysée. Ils ne pourront pas saisir la sortie du conseil des ministres, officiellement pour que le shooting de la photo officielle du gouvernement d’Edouard Philippe se déroule dans de bonnes conditions.

Les motifs de plainte des journalistes à l’encontre du nouveau pouvoir se multiplient. Au coeur de la discorde : la volonté, supposée, de l’Elysée de vouloir sélectionner les journalistes au sein des rédactions qui seront accrédités pour suivre Emmanuel Macron au Mali et de réduire leur nombre. Plusieurs médias signent une lettre ouverte pour protester alors que l’Elysée dément toute volonté de maîtriser la presse.

Toujours est-il que cet épisode est révélateur du comportement du président avec la presse, en adéquation avec la stratégie qu’il a observée pendant sa campagne et avec la manière dont il entend exercer le pouvoir pendant cinq ans.

A lire : Emmanuel Macron veut-il vraiment museler la presse ? 

Le retour de Jacques Pilhan à l’Elysée

Emmanuel Macron a prévenu avant son élection : il sera le président qui refermera les grilles de l’Elysée. En opposition assumée avec son prédécesseur, François Hollande, très proche des journalistes, et qui ne refusait jamais de répondre à leurs SMS.

Le candidat Macron avait fustigé en octobre 2016, dans un entretien avec le journal Challenge, “une présidence de l’anecdote, de l’événement et de réaction, qui banalise la fonction”. Référence implicite à l’affaire Léonarda, et au livre Un président ne devrait pas dire ça de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, qui avait marqué le quinquennat de François Hollande.

Le style d’exercice du pouvoir dans lequel Emmanuel Macron compte s’inscrire relève plutôt de la tradition “gaullo-mitterandienne”. Sous ce terme qu’il a employé à plusieurs reprises se cache l’idée que la parole présidentielle doit être rare pour qu’elle retrouve toute sa valeur et sa puissance. Dans l’exercice de ses fonctions, le chef de l’Etat ne doit pas s’ingérer dans les jeux d’appareils politiques mais concentrer son travail sur les dossiers régaliens.

Cette manière de diriger s’inspire largement de la “présidence jupitérienne”, concept théorisé par Jacques Pilhan, conseiller en communication de génie de François Mitterrand, et décédé en 2008. A l’instar de Jupiter, roi romain des dieux et des hommes, le président se doit d’être “au-dessus de la mêlée”.

Le parallèle entre l’ancien président socialiste et le nouveau chef de l’Etat de 39 ans était marquant le soir de la victoire de ce dernier. Emmanuel Macron s’est largement inspiré des images de François Mitterrand au Panthéon le jour de son investiture, pour construire la scénographie de sa (longue) marche dans la cour du Louvre.

Maître des horloges

Le rapport du nouveau président avec les journalistes en pâtit considérablement. Celui qui fut un temps présenté comme “le chouchou” des médias se méfie d’eux. Lorsqu’il était ministre de l’Economie, il ne recevait pas les journalistes pour des déjeuners et encore moins des dîners, une pratique pourtant courante. Il refuse catégoriquement de fournir des “off”, ces confidences qui pullulent dans les articles des journalistes politiques. Enfin la relecture de ses interviews par ses équipes est systématique, et très poussée.

La communication d’Emmanuel Macron imite largement celle de Barack Obama. L’objectif est de donner une image cool, libérée alors que derrière, tout est très codifié et verrouillé. L’exemple le plus patent était le documentaire Macron, les coulisses d’une victoire, diffusé sur TF1 le lendemain du second tour. Les équipes du futur président apparaissaient souriantes et détendues, en route vers une victoire tranquille. La réalité paraît plus complexe.

La stratégie de communication d’Emmanuel Macron consiste également à redevenir le “maître des horloges”. L’expression a beaucoup été employée ces derniers jours sur les chaînes d’information en continu. Et pour cause : elles ont dû “meubler” en attendant la nomination du premier ministre lundi 15, ou encore lorsque le lendemain, l’Elysée a annoncé que la constitution du gouvernement était reportée de 24 heures.

D’un côté, le président ne veut pas se soumettre au temps médiatique. De l’autre, avec un exercice du pouvoir aussi insaisissable, impénétrable voire mystérieux, il est sûr que l’intérêt de la presse sera continu. Entre Macron et les médias, le bras de fer ne fait que commencer.

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