Législatives : la « tendance » Philippot inquiète le Front national

Lors du second tour de l’élection présidentielle, le Front national est arrivé en tête dans 45 circonscriptions. De nombreux proches de Florian Philippot ont été investis dans celles-ci pour les élections législatives. L’hypothèse d’un groupe parlementaire acquis à sa cause dérange en interne. L’ancien énarque pourrait quitter prochainement le parti, et menacer sa représentativité à l’Assemblée nationale.

L’homme a habilement placé ses pions. Dévoilée mercredi, la liste des candidats investis par le Front national aux élections législatives fait la part belle aux proches de Florian Philippot. Son “clan” sera représenté dans 45% des circonscriptions où le parti est arrivé en tête lors du second tour de l’élection présidentielle.

Carte : les circonscriptions où le Front national est arrivé en tête le 7 mai

 

Un groupe FN pro-Philippot à l’Assemblée nationale ? 

Si cette tendance électorale se confirmait, le vice-président du FN verrait ainsi élire une vingtaine de ses lieutenants. Figurent notamment sur cette liste son frère, Damien Philippot, parachuté dans l’Aisne, Eric Richermoz, chargé de la communication du parti, dans la Somme, ou bien encore Marie-Amélie-Dutheil de la Rochère, normalienne de 33 ans, en Moselle.

De nombreux cadres du parti pensent cependant qu’il sera difficile d’obtenir plus de 20 sièges à l’Assemblée nationale. Le manque de notoriété de ses “nouvelles pousses” et le barrage républicain pourrait compliquer les choses. Selon eux, le FN n’a de réelles chances de victoire que dans les circonscriptions où il a récolté plus de 35% des suffrages au premier tour de l’élection présidentielle.

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Même dans ce cas de figure, la “tendance” Philippot sera largement représentée. Dans les quinze bastions les plus favorables à la formation d’extrême-droite, 50% de ses candidats sont des proches de l’ancien Chevènementiste. C’est notamment le cas de Sébastien Chenu, conseiller régional des Hauts-de-France et candidat dans le Nord, mais aussi des responsables politiques cités précédemment.

L’avenir du parti soumis à la décision de Philippot

Cette surreprésentation des “Philippotistes” est inquiétante pour les cadres du FN. Florian Philippot menace en effet depuis plusieurs semaines de quitter le parti s’il recule sur la sortie de l’Euro. “Je ne suis pas là pour garder un poste à tout prix et défendre l’inverse de mes convictions profondes” avait-il déclaré sur RMC le 11 mai.

La question de la sortie de l’euro divise au Front national, mais un courant, semble-t-il, majoritaire estime que cette mesure a grandement contribué à la défaite de Marine Le Pen. “Le peuple a fait son référendum dimanche dernier (le 7 mai). Marine doit entendre ce message” avait notamment déclaré Gilbert Collard, député FN du Gard. De son côté, Marine Le Pen a déclaré s’interroger sur le sujet. Le débat ne devrait pas être tranché avant les élections législatives.

Florian Philippot aurait-il l’avenir du parti entre ses mains ? Le Front national devrait obtenir les 15 députés nécessaires à la création d’un groupe parlementaire. Mais il pourrait voir ce dernier dissous dans quelques mois si le bras droit de Marine Le Pen venait à quitter la formation frontiste. Ses lieutenants pourraient lui emboîter le pas, laissant un nombre insuffisant d’élus au FN pour une représentation à l’Assemblée nationale. Le terme d’ “homme providentiel” n’a jamais aussi bien collé à la peau de l’ancien énarque.