L’enseignement de l’histoire peut‐il faire “aimer la France” aux élèves ?

Le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer a souligné ce matin, au micro de France Inter, l'importance "d'aimer son pays." Cet amour passerait par un "récit chronologique" de l'Histoire par les élèves français. Vraiment ? Lycéens, préparationnaires et historiens ne sont pas du même avis.

Connu des Français pour avoir fait appliquer la politique éducative sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, le nouveau ministre de Jean‐Michel Blanquer ne brille pas par sa popularité auprès de l’Education nationale. A l’époque, le personnel enseignant essuyait des coupes budgétaires, et “un discours très dur à l’encontre des fonctionnaires” selon Le Monde. Le quotidien le dit “marqué à droite”, ce qui ne surprend pas forcément quand on se penche sur son discours matinal.

Le ministre de l’Education nationale a évoqué ce vendredi matin la nécessité d’ ”aimer la France”, et cela par l’enseignement et l’apprentissage de son Histoire.

En énonçant la discipline comme un “récit chronologique”, quelques médias ont eu un sursaut : serait‐ce le retour du roman national ? Les déclarations de Jean‐Michel Blanquer ont été relayées par le compte Twitter de Fdesouche, dont le blog est bien connu de la fachosphère.

Une idée fixe

Le “roman national”, ou “récit national”… C’est une façon de raconter l’Histoire de France, celle qui définit “l’identité nationale.” Alors que Nicolas Sarkozy vantait les “origines Gauloises” des Français durant la primaire de droite, François Fillon définissait lui‐même le concept de récit national :

“Le récit national, c’est une Histoire faite d’hommes et de femmes, de symboles, de lieux, de monuments, d’événements qui trouvent un sens et une signification dans l’édification progressive de la civilisation singulière de la France.”

Jean‐Luc Mélenchon n’est pas en reste. Le 27 septembre 2016 soit quelques jours après l’évocation de “notre ancêtre” Vercingétorix par Nicolas Sarkozy, il prend sa défense : “A partir du moment où l’on est français, on adopte le récit national.”


L’Histoire des politiques n’est pas celle du peuple


L’historienne spécialiste des révolutions et militante Mathilde Larrère a été révélée sur le Web avec ses tweets corrigeant Manuel Valls et Nicolas Sarkozy au sujet de bévues historiques. Elle dénonce un sempiternel défaut des politiques qui consiste à donner une vision approximative de l’Histoire, quitte à ne retenir que ce qui les intéresse. Contrairement à ce que semble sous‐entendre le ministre Jean‐Michel Blanquer, Mathilde Larrère atteste que les enfants ont une vision positive de l’Histoire, confirmée par l’enquête de l’historienne Suzanne Citron Le mythe national.

Pour les élèves de lycée et de classes prépa interrogés, la sentence est presque identique. L’Histoire s’apprend et parfois nous parle. “L’amour du pays”, lui, s’expérimente de façon toujours personnelle.