Moraliser la vie politique : 5 propositions qui pourraient faire changer les choses

C’était l’une des promesses d’Emmanuel Macron : mettre de l'ordre dans la politique française, au fonctionnement opaque et contesté. Un chantier ouvert lundi par le député René Dosière, qui a dévoilé 12 mesures pour plus de transparence.

Comment moraliser la vie politique française, sujet d’exaspération pour nombre de Français ? Les réponses apportées par René Dosière risquent d’hérisser le poil de certains. Au menu, des exigences qui portent à la fois sur le financement de la politique, le cumul des mandats, l’exemplarité des élus… Ces propositions ne font pas l’unanimité mais permettraient de faire remonter la France au classement de Transparency International. Voici cinq domaines dans lesquels les choses pourraient changer.

1 — Mettre fin aux emplois familiaux

Après l’affaire Pénélope Fillon qui a plombé la campagne présidentielle, René Dosière propose d’interdire les emplois familiaux au sein des assemblées parlementaires. Une pratique légale et répandue chez les représentants politiques français. Selon une enquête menée par Mediapart en 2014, au moins 20% des députés employaient un membre de leur famille. Actuellement, la moitié de l’enveloppe destinée à rémunérer les collaborateurs parlementaires peut revenir à des proches.

2 — Assainir les finances des parlementaires

La réserve parlementaire est une somme en principe destinée aux organisations locales. Dans les faits, elle est souvent détournée, c’est pourquoi René Dosière veut tout simplement la supprimer. Il recommande également de renforcer les pouvoirs du déontologue de l’Assemblée nationale, en lui donnant notamment un droit de regard sur les comptes des députés. Si certains s’en offusquent, ces propositions peuvent paraître modérées quand on jette un œil en haut du classement de Transparency International, où siègent les pays nordiques : en Norvège, comme en Suède ou en Finlande, les revenus de tous les citoyens sont publics.

3 — Exiger des élus exemplaires

Autre volet des recommandations de René Dosière : un recrutement plus pointilleux des élus pour éviter les scandales ou les mauvaises surprises à la Jérôme Cahuzac. Le député défend l’exigence d’un casier judiciaire vierge pour les élus locaux et nationaux. Plus précisément, ceci concernerait les personnes condamnées pour “crime, manquement à la probité [concussion, corruption, trafic d’influence, prise illégale d’intérêt, favoritisme, détournement de biens publics] et recel ou blanchiment du produit de ces délits, faux en écriture publique, fraude électorale et fraude fiscale.”

Une étude montre ainsi que 75% des Français considèrent leurs hommes politiques “plutôt corrompus” et 40% des citoyens éprouvent de la “méfiance” à leur égard. Les Ateliers du CFJ sont allés à la rencontre de ces personnes excédées par le climat politique français.

4 — Limiter le cumul des mandats

Pendant longtemps, le cumul simultané de plusieurs mandats était une exception française en Europe. Il a fait l’objet d’une loi en 2014, entrée en vigueur cette année : il est désormais interdit d’exercer un mandat exécutif local en même temps qu’un mandat législatif national.

Cependant, le texte de 2014 n’évoquait pas une autre dérive symptomatique de la vie politique française : la longévité des élus à travers le cumul illimité des mandats dans le temps. René Dosière veut mettre fin à cette pratique qui nuit au renouvellement politique en limitant à trois le nombre de mandats de député cumulés, et à deux pour les exécutifs locaux.

5 — Faire des économies

Au‐delà des aspects éthiques et déontologiques, le manque de transparence et les usages parfois dépassés de la vie politique française peuvent être un puits sans fond pour les caisses de l’Etat. Ceci concerne notamment le financement des partis politiques, peu régulé. René Dosière recommande de limiter ces indemnisations et mieux contrôler le financement des campagnes. Dans un autre domaine, les avantages accordés aux anciens présidents (indemnités, chauffeur, logement…) coûtent très cher. Le député propose donc de les raboter. 

Article : Mahaut de Butler / Vidéo : Victoire Chevreul et Clémence Duneau