Martine Aubry, sa vie, son oeuvre…et ses échecs

Martine Aubry n’a pas le moral. Mercredi, la maire de Lille est apparue dépitée à l’issue d’un point presse de soutien aux candidats socialistes aux législatives. La débâcle du PS, la nomination d’un “gouvernement de droite”, rien ne va plus pour cette figure emblématique de la gauche. “C’est ma tristesse absolue, a‑t-elle confié au journal La Voix du Nord. J’ai 66 ans et j’ai l’impression que tout ce que j’ai fait dans ma vie est abîmé, cassé. Tout ce à quoi j’ai cru.”

Tout ce que j’ai fait, tout ce que j’ai fait… Elle a fait quoi dans sa vie, Martine Aubry ? Et est-ce qu’on lui a vraiment “cassé” ?

1. Les 35 heures (1999)

C’est quoi ?
C’est la mesure que tout le monde retient de Martine Aubry. En 2000, alors ministre de l’Emploi et de la Solidarité, elle fixe la durée légale du temps de travail à 35 heures par semaine au lieu de 39 pour les salariés à temps complet.

Est-ce qu’on a “abîmé” sa mesure ?
C’est déjà fait. Dès son retour au pouvoir, en 2002, la droite entreprend de “détricoter” les 35 heures. Sous le gouvernement Raffarin, le maximum d’heures supplémentaires autorisées passe de 130 heures par an à 180, puis à 220. Le gouvernement Fillon encourage lui aussi le recours aux heures supplémentaires : en 2007, elles sont exonérées de charges pour les entreprises et exonérées d’impôt pour les salariés.

Que peut-elle encore craindre ?
La loi Travail est l’une des priorités du nouveau président Emmanuel Macron. Il prévoit notamment d’assouplir les 35 heures. “Les 35 heures, ça marche très bien dans certains secteurs mais il y a des secteurs où elles posent un vrai problème de compétitivité ou d’organisation”, a‑t-il notamment déclaré pendant sa campagne. Concrètement, il veut faciliter la négociation de l’allongement du temps de travail en accordant la “primauté aux accords d’entreprise sur les accords de branche”.

2. La couverture maladie universelle (2000)

C’est quoi ?
Mise en place par Martine Aubry le 1e janvier 2000, la couverture maladie universelle (CMU) de base a permis aux plus démunis d’avoir eux aussi accès aux soins, et ce gratuitement. Cette mesure s’adressait à toutes les personnes de nationalité française ou étrangère résidant en France depuis plus de trois mois, avec ou sans domicile fixe et qui n’était pas déjà couvert par un régime de Sécurité sociale.

Est-ce qu’on a “abîmé” sa mesure ?
La CMU de base a été supprimée le 1e janvier 2016. Elle a été remplacée par la protection universelle maladie (PUMa), un changement qui inquiète les associations : elle pourrait “empêcher l’ouverture ou le maintien de droit pour tous les ressortissants étrangers ayant un titre de séjour d’une durée inférieure ou égale à un an”, soit 700.000 personnes possiblement impactées.

Que peut-elle encore craindre ?
Pas grand chose pour l’instant : Emmanuel Macron n’a pas fait d’annonce à ce sujet.

3. Les emplois-jeunes

C’est quoi ?
En 1997, Martine Aubry met en place les emplois-jeunes. A cette époque, la gauche promet 700 000 contrats d’une durée de cinq ans, financés à 80% par L’État et qui couvrent de nouveaux besoins sociaux notamment l’animation de quartiers ou le tri sélectif. Ils sont destinés à faire baisser le taux de chômage chez les jeunes de moins de 26 ans.

Est-ce qu’on a “abîmé” sa mesure ?
Les emplois-jeunes ont tout simplement été supprimés par le gouvernement Raffarin en 2002 : ils étaient jugés trop coûteux. Ils auront permis l’embauche de 350 000 jeunes en cinq ans. Depuis, les gouvernements successifs n’arrivent toujours pas à trouver la solution au chômage des jeunes. La droite instaure d’abord le contrat jeune en entreprise, un simple dispositif d’exonération de charges. En 2006, il tente de mettre en place le contrat première embauche, le fameux CPE qui a provoqué la colère des lycéens mais n’a finalement pas vu le jour. En 2013 enfin, le gouvernement Ayrault présente les “emplois d’avenir” destinés aux jeunes non qualifiés de quartiers défavorisés.

Que peut-elle craindre encore ?
Emmanuel Macron semble pour l’instant vouloir encourager l’entrée des jeunes sur le marché du travail. Il envisage notamment de remettre en place les “emplois francs” à destination des jeunes de quartiers “prioritaires”, testés sous Hollande mais finalement abandonnés.

4. BONUS : le Parti socialiste

C’est quoi ?
C’est aussi ce que Martine Aubry a contribué à construire. Elle est la première femme à avoir occupé la fonction de première secrétaire du PS, de 2008 à 2012. C’est aussi sous son impulsion que le parti organise des primaires pour désigner le candidat à la présidentielle de 2012. Proche de Benoît Hamon, elle l’a soutenu lors de la campagne présidentielle de 2017, et ce dès la primaire.

Est-ce qu’on a “abîmé” son PS ?
Martine Aubry regrette que le PS ait autant perdu de son importance. L’homme qu’elle soutenait n’a obtenu que 6,35% des voix au premier tour de l’élection présidentielle. “Les petits nouveaux de chez Macron qu’on a choisi au pif ou parce que ce sont des copains, c’est mieux que les gens de gauche qui se sont battus depuis cinq ans ?, interrogeait-elle encore mercredi. Ça me rend malade.”

Que peut-elle encore craindre ?
La débâcle attendue des législatives. Un sondage OpinionWay/Les Echos daté du 16 mai crédite le PS de seulement 10% des voix, loin derrière La République en marche (28%), Les Républicains (20%) et le Front national (19%) mais également derrière La France insoumise (15%). Le Parti socialiste ne devrait avoir que 25 à 30 députés sur les 577 que compte l’Assemblée nationale.

 

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