Le ramadan, rendez‐vous “casse‐gueule” des politiques

Le ramadan, mois sacré pour les musulmans, débute samedi 27 mai 2017. Retour sur les nombreuses polémiques de la saison dernière en quatre leçons.

Avec le début du Ramadan, la saison des iftars officiels, repas de rupture de jeûne au coucher du soleil, démarre. L’occasion pour beaucoup de responsables politiques, ministres ou maires, de montrer leur soutien à la communauté musulmane, ou pas.

La réussite de ce rendez‐vous est un défi considérable d’un point de vue communication politique, tant il est sujet aux critiques. Petit florilège des couacs et dérapages repérés l’année dernière en quatre leçons.

  • Leçon 1 : Se faire troller par la twittosphère 

Un très bon ramadan à tous mes frères et sœurs en islam. Que la paix d’Allah soit sur vous”, peut‐on lire sur ce qui s’apparente au compte officiel d’Alain Juppé. C’est en réalité un montage réalisé par un lycéen qui a voulu faire un peu d’humour sur Twitter.

En quelques minutes, la “fachosphère” diffuse à son tour la fausse capture d’écran, visiblement pas surprise de voir Alain Juppé souhaiter le plus sérieusement du monde à ses “frères et soeurs”  “la paix d’Allah” dans ce pays musulman qu’est l’Islam (“en islam”, sic). Naturellement, les internautes d’extrême-droite y voient une nouvelle preuve que le “grand remplacement” gagne même le bord droit du spectre politique français.

L’ancien candidat à la primaire de la droite de son côté n’a pas vraiment apprécié la tentative d’humour et avait annoncé vouloir porter plainte contre l’auteur de ce montage. Il faut dire qu’Alain Juppé est régulièrement pris pour cible par l’extrême droite qui dénonce sa prétendue “islamophilie”, n’hésitant pas à le surnommer “Ali Juppé”. II retirera finalement sa plainte quelques jours après.

Il faut croire que souhaiter un “bon ramadan” aux français musulmans est beaucoup plus compliqué qu’un simple “Joyeux noël” lorsque l’on tente de devenir Président de la République.

  • Leçon 2 : Plomber l’ambiance lorsque vous êtes invité à dîner

Dans la catégorie “festive”, on peut sans hésiter évoquer le discours de Bernard Cazeneuve lors des célébrations du ramadan de l’année dernière. Invité le mercredi 15 juin 2016 par le Conseil français du culte musulman (CFCM) pour le repas de rupture du jeûne à Paris, l’ancien Premier ministre n’avait pas le cœur à la fête.

Deux jours après les meurtres de policiers à Magnanvilles, l’heure est au recueillement pour cette célébration traditionnellement joyeuse. Dans son discours, Bernard Cazeneuve veut remettre les responsables musulmans devant leurs responsabilités :

« Lutter contre l’obscurantisme, le fanatisme, le rejet de l’autre (…) il faut faire preuve de la même intransigeance républicaine à l’égard de ceux qui, au sein de votre communauté, sans approuver les actes terroristes, leur trouvent des explications et des excuses ».

Malgré sa position pour le moins sévère sur la communauté musulmane, les internautes ne voient pas sa présence d’un bon œil.

  • Leçon 3 : Préciser dès le début les règles de vie en société

C’est une belle surprise que le maire de Lorette, dans la Loire, a voulu faire à ses citoyens musulmans. A partir du week‐end des 4 et 5 juin 2016, veille du ramadan, des panneaux d’information électroniques de la ville ont diffusé des messages clairement inhospitaliers à destination de la communauté musulmane.

Si certains internautes fustigent cette décision, d’autres, comme Sophie Robert, secrétaire départementale FN, sont ravis qu’enfin un homme politique fasse enfin respecter “les règles de l’ordre républicain”.

Cette année, notons que si les panneaux d’affichage n’ont pas été réutilisés, le site de la Mairie précise qu’aucun bruit ne devra être entendu après 22h (à la tombée de la nuit).

  • Leçon 4 : Garder chaque année ses traditions 

Comme tous les ans depuis 2001, la mairie de Paris organise la Nuit du ramadan pour célébrer la fin du jeûne religieux musulman. Pour sa 14ème édition, les célébrations organisées par la mairie de Paris n’a pas échappé à la polémique. De l’opposition municipale de droite au Front national (FN) en passant par Sens commun, une organisation issue de la Manif pour tous, critiques et questionnements fusent.

Ils dénoncent chaque année une “laïcité à géométrie variable”, citant le contre‐exemple de la crèche de Noël, installée dans le bâtiment du conseil général de Vendée et interdite par la justice en décembre.

Pourtant, il existe plusieurs exemples où les salons de l’Hôtel de Ville ont été utilisés pour des célébrations en rapport avec une religion. Pour la fête juive de Hanoukka le 18 décembre 2014 ou les “Protestants en fête” en 2013.

En France, parler librement du ramadan lorsqu’on est un homme politique est un exercice périlleux. Peut‐être devrait‐on prendre exemple sur le Premier ministre canadien Justin Trudeau qui a tweeté sereinement l’année dernière ses vœux de paix et de bonheur aux musulmans pratiquants.

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