« Il y a une volonté de casser France Télévisions »

200 salariés de France Télévisions se sont réunis hier près de l’Assemblée nationale pour protester contre les coupes dans le budget de l’audiovisuel public.

Armés de banderoles, sifflets et autres mégaphones, les principaux syndicats (CGT, FO, CGT, SNJ) de France Télévisions ont manifesté hier après‐midi aux abords de l’Assemblée Nationale à Paris. Cette mobilisation coïncide avec le début de l’examen sur la loi de finances 2018 qui prévoit 80 millions d’euros d’économies pour l’audiovisuel public l’an prochain, dont 50 millions à France Télévisions.

Les manifestants se sont sont réunis autour de l’Assemblée nationale pour protester contre les coupes budgétaires ©Lisa Monin 

Cette baisse de crédits est une « trahison de la part du gouvernement », selon Eric Vial, délégué Force Ouvrière (FO) à France Télé. Amer, il évoque le contrat d’objectifs et de moyens (COM) signé par Audrey Azoulay, ministre de la Culture de François Hollande, et Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, en décembre dernier. « On nous avait promis un budget pérenne sur les cinq prochaines années  », grince‐t‐il. Eric Vial regrette que personne n’ait songé à saisir le tribunal administratif pour non‐respect du contrat.

L’amputation de plusieurs millions d’euros menacerait 650 emplois à France Télévisions, alors même que 500 doivent déjà être supprimés d’ici à 2020. « Cela va forcément accroître la charge de travail et affaiblir la qualité des journaux », prévient Claude Guéneau, journaliste à France 3 et membre du bureau SNJ‐CGT.

Un contexte pesant

En cette après‐midi ensoleillée, les prises de parole se succèdent sur la petite estrade installée place du Président Edouard Herriot, dans le VIIe arrondissement de Paris. La situation à France Télévisions semble irrespirable. On évoque pèle‐mêle le non‐renouvellement des CDD, l’arrêt de nombreuses piges, le morcellement des tournages, un management brutal des employés les plus anciens, le surmenage des plus jeunes… « Il y a une volonté de casser le service public », estime Eric Vial. « Les gens ignorent complètement la réalité de nos conditions de travail. Ils pensent qu’on est des nantis, qu’on est trop payés. Tout ça c’est des préjugés » ajoute‐t‐il.

Les syndicats s’insurgent contre les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions ©Lisa Monin

Outre la réduction budgétaire, Serge Cimino, délégué du Syndicat national des journalistes, remet en cause les choix de la direction de France Télévisions. Il incrimine particulièrement ceux de Delphine Ernotte, la PDG du groupe : « Les erreurs se multiplient depuis deux ans et pèsent sur les salariés ». Le journaliste évoque « le développement démesuré des postes d’encadrement par rapport aux reporters dont les effectifs ne cessent de se réduire ». Celui qui s’était présenté en 2015 à la présidence de France Télévisions réclame « des décisions stratégiques différentes ». Pour y parvenir il souhaite « réveiller les salariés qui ne sont pas endormis mais résignés ».

Hier soir, quelques heures après la fin de la manifestation, les députés de la majorité ont retoqué un amendement. Il prévoyait d’alléger de 20 millions d’euros les économies demandées à France Télévisions.