L’assurance chômage universelle sera‐t‐elle vraiment ouverte à tous les démissionnaires ?

Emmanuel Macron avait annoncé, durant la campagne présidentielle, l'ouverture de l'assurance chômage aux démissionnaires. Il a tempéré sa mesure lors d'une interview télévisée ce dimanche.

L’assurance chômage universelle a du plomb dans l’aile. Alors qu’elle devait s’ouvrir aux démissionnaires et aux indépendants au cours des prochains mois, Emmanuel Macron a tempéré sa proposition lors de son entretien sur TF1 ce dimanche. Un ajustement de discours qui s’expliquerait par le coût de la mesure.

Ce qu’Emmanuel Macron proposait durant la campagne

Pour retrouver la trace de cette proposition, il faut relire le programme du candidat Macron sur le site d’En Marche !. « Nous ouvrirons les droits à l’assurance chômage aux salariés qui démissionnent. Ce droit ne sera utilisable qu’une fois tous les cinq ans », peut‐on lire dans la rubrique emploi, chômage et sécurité.

L’ouverture de ce droit aux salariés démissionnaires serait soumise à « un bilan de compétence », réalisé dans les quinze jours suivant l’arrivée à Pôle Emploi. « Un contrôle accru de la recherche d’emploi » serait aussi une condition.

Pour ce faire, Emmanuel Macron a expliqué en février dernier, lors de la présentation de son programme économique, qu’un chômeur « pourra refuser une offre d’emploi si elle ne lui convient pas ». Il lui faudra accepter la seconde sous peine de suspension des allocations.

Qu’est-ce qui a changé depuis ?

Interviewé par TF1 et LCI, le 15 octobre, Emmanuel Macron a semblé revenir sur sa proposition de droit à l’assurance chômage pour les démissionnaires. Il a insisté sur sa volonté de « contrôle assumé » afin de s’assurer que le chômeur « cherche bien de manière active un emploi et qu’il ne soit pas un multirécidiviste du refus ».

Autre tendance, M. Macron a placé le « projet » du demandeur d’emploi au cœur du débat. « Il faut donner l’accès au chômage s’il y a un projet. Celui qui, au bout de cinq ans, six ans, sept ans, a un autre projet, qu’on lui donne la possibilité de toucher le chômage pour le mener », a expliqué le président de la République.

Pourquoi ce fléchissement ?

L’origine de ces nouveautés sont sans doute à rechercher du côté du montant de la mesure qui, selon de multiples sources, coûtera plus chère que ce qui a été budgété par l’équipe d’Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle.

Selon l’institut Montaigne, l’extension de l’assurance chômage aux salariés démissionnaires et aux indépendants pourrait coûter 4,8 milliards d’euros par an. Le Figaro fait même une estimation maximaliste chiffrée à 8,7 milliards d’euros. RTL et Les Échos estiment quant à eux que la mesure coûtera entre 8 et 14 milliards d’euros la première année, puis 3 milliards d’euros par an.

Des chiffres qui alourdiraient les comptes de l’Unédic, organisme chargé de payer les indemnités. Chaque année, il accuse un déficit de 4 milliards d’euros et traîne une dette cumulée de 30 milliards d’euros, selon des chiffres publiés par La Tribune. De quoi faire changer d’avis Emmanuel Macron ?