Un an après la fin de Sangaris, la Centrafrique sombre à nouveau

L'intervention française en Centrafrique s'est achevée il y a un an jour pour jour. Aujourd'hui, le calme relatif apporté par l'opération Sangaris semble bien loin.

Le 31 octobre 2016, les troupes françaises quittent la Centrafrique, marquant la fin de l’opération Sangaris. Un an plus tard, le pays est à la dérive. L’autorité du président élu en mars 2016, Faustin‐Archange Touadéra, ne dépasse guère les frontières de Bangui, la capitale. 80% du pays est contrôlé par une quinzaine de groupes armés. Les affrontements, sur la base de tensions communautaires, provoquent au quotidien de nouveaux massacres. Le chaos, s’il s’était un jour dissipé, est bien de retour au pays des diamants.

La Seleka, coalition de groupes armés musulmans, a certes été chassée de la capitale. Elle n’en est pas moins omniprésente à travers le pays. Depuis le départ de l’armée française, le mouvement s’est fragmenté en plusieurs groupuscules qui sèment la terreur partout là où ils passent.

Chacun se disputent les ressources précieuses des sous‐sols. La Centrafrique a beau figurer en queue de peloton du classement de l’ONU concernant le développement humain (188e place sur 188), le pays compte d’immenses réserves d’or et de diamants. Agitées comme un étendard lors des combats, les querelles ethniques et religieuses ne sont bien souvent qu’un prétexte.

“Des signes avant‐coureurs de génocide”

Certaines régions, comme dans le sud‐est, ont pourtant bel et bien basculé dans une logique de vengeance entraînant des massacres que personne ne parvient à freiner. Pas même la mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca). “Des signes avant‐coureurs de génocides” ont même été évoqués par Stephen O’Brien, le secrétaire général adjoint pour les affaires humanitaires de l’ONU.

La Centrafrique semble à nouveau hantée par ses vieux démons. En 2012 déjà, le pays était au bord du précipice. Les soldats de la Seleka arrivaient aux portes de la capitale centrafricaine avec un dessein précis : prendre le pouvoir. Quelques mois plus tard, c’était chose faite. Les combats entre milices chrétiennes et musulmanes se multipliaient rapidement, l’État était alors hors‐jeu.

L’Organisation des Nations Unies et la France s’étaient inquiétées d’un risque de génocide. En décembre 2013, le conseil de sécurité de l’ONU autorisait à l’unanimité le déploiement d’une mission internationale, appuyée par les forces françaises : Sangaris.

La France ne souhaite pas “repartir dans un bourbier”

Malgré la fin de l’opération, au cours de laquelle trois de ses soldats ont perdu la vie, la France reste présente dans le pays. Une cinquantaine de militaires formateurs sont sur place et des drones tactiques y ont aussi été détachés.

Ce qui n’empêche pas de nombreux Centrafricains de souhaiter un retour plus important des Français. Ils y voient là l’unique solution de sortie de crise. “Sangaris était une option appropriée. Là où elle était présente, les belligérants n’osaient plus agir”, analyse Jean‐Serge Bokassa, à l’époque ministre de l’Intérieur et aujourd’hui en charge de l’administration du territoire.

Seulement la France rechigne à remettre les pieds dans ce qui serait pour elle comme “repartir dans un bourbier”, selon un diplomate. “Il y a une peur à Paris d’un Sangaris II”, indique la même source, poursuivant: “si ça explose de nouveau, on va être obligés de prendre position” admet‐il pourtant.

Autre raison de cette réticence française, son actuel engagement sur plusieurs fronts, comme avec l’opération Barkhane au Sahel. Une dernière raison : les accusations d’agressions sexuelles qui ont éclaboussé les forces tricolores durant toute la mobilisation, restées sans suite après un procès à Paris. Malgré ses réticences, la France, longtemps comparée au gendarme de l’Afrique, semble pourtant être le seul pays en position d’intervenir dans un conflit aux relents génocidaires.