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Paris et Airbnb, une relation d’affaires qui vire au désamour

La ville de Paris a mis en demeure cinq plateformes de locations meublées touristiques - dont Airbnb - pour non-respect de la loi. Ce n'est pas la première fois que la capitale lance une offensive contre ces plateformes.

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La Mairie de Paris ne cèdera pas. Face à l’engouement de plus en plus important pour les locations meublées touristiques — 5 millions de voyageurs en France, 65 000 locations proposées dans la capitale — les élus haussent le ton pour faire respecter les règles. Depuis le 1er décembre, tous les logements proposés sur les plateformes comme Airbnb, Homeaway ou encore Sejourning doivent comporter un numéro d’enregistrement. Dans le cas contraire, la location est illégale. Ce lundi 11 décembre, la ville a donc mis en demeure cinq plateformes de location en ligne, dont Airbnb.

La mairie a constaté que seulement 11 000 demandes d’enregistrement ont été formulées — ce qui représente seulement un cinquième de l’offre parisienne. Plus de 1000 annonces sans numéro ont été repérées. “C’est la moindre des choses de respecter la loi”, s’insurge Ian Brossat. La mise en demeure est la dernière étape avant les poursuites judiciaires : la ville a demandé aux plateformes de retirer toutes les annonces qui ne comportaient pas de numéros. « Tant que les plates-formes ne désactiveront pas les annonces sans numéro, beaucoup de gens continueront à ne pas le demander », ajoute l’adjoint au logement à la Mairie de Paris.

Quartiers vides et bruits de valise

Apparue en France en 2008, la plateforme Airbnb regroupe près de 60% des propositions de locations touristiques. Paris lui fait la guerre depuis trois ans, influencée en partie — et de leur propre aveu — par l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH), en colère contre cette concurrence de plus en plus encombrante. L’argument brandi par la ville est le suivant : Airbnb vide les quartiers de leurs résidents au profit d’appartements touristiques. Dans les 4e et 6e arrondissements, 26% des logements sont des meublés touristiques. Il y a quelques mois, feu le magazine Soixante-Quinze se faisait l’écho de la colère des riverains. “Tous les jours, ce sont les bruits de valises à roulettes sur les pavés et les allers et venues permanents dans les escaliers”, expliquait une riveraine du quartier du Sentier.

Au printemps 2015, une vingtaine d’inspecteurs avaient organisé une descente surprise dans près de 80 immeubles du centre de Paris pour contrôler les locations touristiques. 20 condamnations pour 560 000 euros avaient été prononcées. “La location par un Parisien de son logement principal pendant ses vacances ne nous pose pas de problèmes, nous visons les multipropriétaires qui louent leurs résidences secondaires à prix fort aux touristes. Ils peuvent réaliser en une semaine le gain d’un mois de location standard”, expliquait alors Ian Brossat.

Paris trop laxiste

En 2015 aussi, la mairie a également imposé à Airbnb de payer directement la taxe de séjour à la ville, qui empoche 0,83 centimes par location et par voyageur. En septembre dernier, Paris a annoncé sa volonté de réduire la durée légale de location touristique, actuellement à 120 jours par an. En la matière, Paris est la plus laxiste des villes-phares de Airbnb. Londres tolère 90 jours par an, San Francisco et Amsterdam 60 jours. A New York, c’est seulement 30 jours.

Le numéro d’enregistrement des locations doit également servir à contrôler la durée annuelle de location des meublés. Contactée par nos soins, l’Union nationale pour la promotion des locations de vacances — dont fait partie Airbnb — n’a pas encore reçu la mise en demeure mais est en désaccord avec la mesure : “C’est le propriétaire qui a la responsabilité de s’enregistrer et non la plateforme.

 

 

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