Thierry Solère : “Les Républicains ne draguent même plus le FN, ils l’enlacent”

Thierry Solère, questeur de l’Assemblée nationale, récemment arrivé à la République en Marche, émet des doutes quant à la capacité d’opposition des Républicains. Il s’inquiète de l’ambiguïté du parti avec le Front national.

Quelle droite incarnent aujourd’hui les Républicains ?

L’ambiguïté qu’ils entretiennent avec le Front national (FN) est très problématique. C’est la stratégie de Patrick Buisson, constante depuis plusieurs années. Et bien moi, ma droite à moi, ce n’est pas ça. Le FN, ils ne le draguent même plus, ils l’enlacent. Et si ça peut leur faire gagner des voix à certaines échéances, cela peut aussi leur en faire perdre à d’autres. Le parti est en complète dérive idéologique. Aussi, eux-mêmes ne savent plus quelles mesures défendre, lesquelles combattre. Par exemple, la loi terrorisme : les députés LR ont en majorité voté contre, alors que les sénateurs LR ont voté pour son adoption. Je ne vois pas bien comment ils entendent s’opposer à l’exécutif s’ils ne savent pas s’organiser entre eux.

Qu’est-ce qui vous surprend dans le positionnement de Laurent Wauquiez ?

Ce qui est frappant c’est que la droite des Républicains, qui était dans l’opposition, avait réclamé pendant des années des réformes, sur le travail, l’Europe, et les droits sociaux. Ces réformes, le gouvernement d’Edouard Philippe les met actuellement en place. L’idéologie véhiculée par Laurent Wauquiez est un peu schizophrène. Vouloir s’inscrire dans l’opposition quand on a, dans le passé, défendu des mesures adoptées par l’exécutif… je ne comprends pas. Ma droite à moi, c’est celle de Gérald Darmanin, de Sébastien Lecornu, certainement pas celle de Patrick Buisson

Quelle opposition à l’exécutif les Républicains peuvent-ils représenter ?

Les Républicains ne sont plus le parti de gouvernement qu’ils ont un temps été. Moi, je suis un homme de droite, je l’ai toujours été. Mais je constate aujourd’hui que Laurent Wauquiez engage les Républicains dans une dérive identitaire. Elle a toujours existé au sein du parti, mais en prenant une telle ampleur, cette idéologie change le parti : ce n’est plus un parti de gouvernement comme avant. Pour cela, il aurait fallu avoir un programme solide et des idées pour le mettre en œuvre. Ce n’est pas le cas de Laurent Wauquiez.

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