Victoire des nationalistes : qu’est-ce qui va changer pour les Corses ?

La liste nationaliste corse Pè a Corsica (Pour la Corse) a remporté le second tour des élections régionales dimanche 10 décembre avec 56,46% des voix. Le début d'un long processus qui, s'il aboutit, changera plusieurs aspects de la vie des habitants de l'île.

Le corse comme langue officielle

90 000 personnes, soit 45% de la population de l’île, parlent le corse avec des proches, selon une étude de l’Insee de 2004. A l’école primaire, trois heures de langue et de culture corses sont obligatoires. Mais jusqu’à présent le dialecte n’a jamais été reconnu comme langue officielle : c’est ce que désirent Gilles Simeoni et Jean‐Guy Talamoni, les deux têtes de liste de la coalition.

Pour l’instant, rien n’est acté. Car pour que le corse devienne une langue officielle, il faudrait amender l’article 2 de la Constitution qui consacre la prédominance de la langue française. Mais dans le cas où l’Etat accepterait ce changement, les Corses auraient alors des cartes d’identité et des permis de conduire bilingues. Ils pourraient aussi inscrire la version corse de leurs prénoms à l’état-civil.

Un statut de résident

En 2013, Jean‐Guy Talamoni déclarait que les Corses devaient “quitter [leur] pays pour le laisser à des gens plus fortunés” en évoquant les nombreuses villas et résidences secondaires luxueuses de l’île de Beauté. Déjà à cette époque, les nationalistes avaient voté cette mesure : la création d’un statut de résident.

Ce statut se veut réservé à ceux qui résident en Corse depuis cinq ans au minimum. Seuls les résidents peuvent devenir propriétaires fonciers ou immobiliers et bénéficient d’exonérations fiscales. En 2014, l’État avait mis son veto sur cette décision. Cette fois‐ci encore, elle aura sans doute du mal à être appliquée.

Un statut “fiscal et social” particulier

Aujourd’hui déjà, la Corse bénéficie de mesures fiscales particulières : absence de taxe sur les vins locaux, taxation plus légère pour le tabac, le chocolat, les livres et les musées et exonération de taxe foncière sur les propriétés non‐bâties et les terres agricoles.

Avec la victoire des nationalistes, la liste des particularités en matière fiscale pourrait encore s’élargir. Cette année, Jean‐Guy Talamoni a notamment réclamé une diminution de la moitié de la CSG, une baisse des charges pour les entreprises, un crédit d’impôt pour l’investissement et des taxes sur les résidences secondaires et pour accéder aux sites remarquables.

Une amnistie pour les prisonniers politiques

Cette dernière mesure concerne moins directement la population corse, si ce n’est que cette dernière pourrait voir débarquer à nouveau sur son île Yvan Colonna — militant indépendantiste corse condamné à la prison à perpétuité en 2007 pour l’assassinat du préfet Claude Erignac en 1998 — et d’autres nationalistes corses prisonniers en raison d’actions terroristes diverses.

Là encore, il n’est pas certain que Pè a Corsica obtienne gain de cause. Contacté par le Parisien, le ministère de la Justice a ministère de la Justice a dit étudier “avec beaucoup d’attention plusieurs situations individuelles de détenus qui ont sollicité leur transfert en Corse”, mais avec une gestion “au cas par cas” en vertu d’une “application stricte de la loi”.

Notre vidéo “Le nationalisme corse en 6 dates”