Ces semaines qui ont fait trembler France Télévisions

La direction de France Télévisions a annoncé il y a quelques semaines plusieurs mesures pour réaliser les économies que le gouvernement lui demande et fait face à la colère des salariés.

C’est une crise qui mêle le gouvernement, les dirigeants de France Télévisions et l’ensemble des salariés du groupe. Et dont une étape supplémentaire est franchie cette semaine, avec le vote d’une motion de défiance contre la président du groupe Delphine Ernotte ce mardi 12 décembre, et un appel à la grève lancé par l’intersyndicale (CGT-FO-SNJ) pour la journée du 13.

Depuis plusieurs semaines, tous ces acteurs se sont opposés sur les décisions à prendre pour l’avenir de France Télévisions, notamment concernant les finances du groupe et les suppressions de postes et de programmes. Déclarations, fuites dans la presse… Récit d’une période agitée.

Recul sur les suppressions de postes

50 millions d’euros. C’est le montant d’économies fixé par le gouvernement pour France Télévisions en 2018. Pour arriver à cette somme, les dirigeants du groupe public ont d’abord envisagé de supprimer 66 postes ETP (équivalent temps plein) au sein de l’information, dont une vingtaine affectés aux magazines “Envoyé spécial” et “Complément d’enquête”.

Face à la montée de la contestation, relayée sur les réseaux sociaux par de grandes figures de la chaîne comme Elise Lucet ou par le compte “Touche pas à mon info”, la direction a rétropédalé et annoncé le 28 novembre dernier une suppression de 30 postes, dont 3 au sein des deux magazines. “Envoyé spécial et Complément d’enquête sont les deux seuls à faire de l’investigation, la direction s’est rendu compte que trop y toucher était impossible”, estime un journaliste de France 2.

Au total, 180 postes devront être supprimés en 2018. Pour aboutir aux 50 millions d’euros économisés, la direction envisagerait également de ne pas acheter les droits de diffusions de certains grands événements sportifs traditionnellement diffusés sur France Télévisions, comme les Jeux Olympiques 2024, et de réduire les coûts de production. Toutes ces mesures seront présentées par Delphine Ernotte devant son conseil d’administration le 21 décembre prochain.

L’audiovisuel public, “une honte” selon Macron

Contrainte de tailler dans les finances du groupe, la direction de France Télévisions est également défiée par le gouvernement et par le Président de la République. En recevant les députés de la commission des affaires culturelles, lundi 4 décembre, Emmanuel Macron a déclaré que “l’audiovisuel public, c’est une honte pour nos concitoyens, c’est une honte en termes de gouvernance, c’est une honte en ce que j’ai pu voir ces dernières semaines de l’attitude des dirigeants.” Ce qui justifie selon lui sa “volonté ferme de faire une révolution” dans le secteur. La CGT de France Télévisions, premier syndicat du groupe, s’est insurgée contre “une insulte pour les personnels, les téléspectateurs et les programmes de l’audiovisuel public”.

C’est dans ce contexte tendu que l’ensemble des journalistes de France 2, France 3, France info et du site francetvinfo.fr sont amenés ce mardi à dire s’ils “font confiance à Delphine Ernotte Cunci pour préserver la qualité et les moyens de l’information sur France Télévisions”. Mercredi, la grève aura pour mot d’ordre “Pour l’honneur du service public “, comme une réponse aux propos d’Emmanuel Macron. “On est tous crevés, on ne pourra pas produire une information de qualité si on nous supprime encore des postes”, raconte un journaliste du site francetvinfo.

A moyen terme, au-delà des économies à réaliser en 2018, une grande loi sur l’audiovisuel public sera déposée à l’automne prochain. Des fusions de chaînes et une réforme du mode de financement devraient être examinés par les parlementaires.