Fait-divers, Justice

Escroquerie viticole : une affaire qui fait tache

Une enquête du média spécialisé Vitisphère a révélé une escroquerie qui bouscule le monde viticole.

L’habillage d’un prestigieux Bordeaux mais la robe d’un modique Languedoc. Entre 2012 et 2014, une société de négoce de Libourne (Gironde), aujourd’hui fermée, aurait déguisé 420 000 litres de vin en vrac du Languedoc en vin d’appellation bordelaise. Des noms aussi célèbres que Pomerol, Margaux et Saint-Julien feraient partie des domaines arnaqués. Négociants et producteurs se murent dans le silence, craignant visiblement toute publicité autour de l’affaire.

Pourtant, une enquête est bien en cours. Depuis 2014, le service des Douanes, instruit le dossier mais n’a toujours pas saisi la justice. Pour Alexandre Abellan, le journaliste de Vitisphère auteur de l’article, “l’omerta vient des Douanes, qui refusent toute communication sur le dossier et son avancée.

L’inertie des acteurs de la filière

De son côté, le Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB) et la Fédération des grands vins de Bordeaux (FVGB), acteurs majeurs de la filière, n’ont toujours pas entamé de procédure judicaire. “Ne pas porter plainte contre une fraude pareille, c’est réduire à néant l’image des appellations de Bordeaux”, regrette la confédération paysanne de Gironde dans un communiqué.

Ni la CIVB, ni la FVGB n’ont souhaité répondre aux questions du Parisien. Seule information, recueillie par Vitisphère à une Assemblée générale de la FVGB : la Fédération souhaiterait se constituer partie civile si une institution judiciaire était ouverte.

Selon Vitisphère, les acheteurs seraient “les plus grands noms de la Place de Bordeaux”, c’est à dire les négociants les plus en vue. Claire Laval ne comprend pas comment ces négociants n’ont pas pu s’en rendre compte : “on se demande s’ils ont vraiment goûté les vins…

Selon le Conseil national des courtiers de marchandises assermentés, en janvier 2017, le Margaux s’échangeait à 890 euros l’hectolitre. Les prix moyens en Vin de France, étaient de 82 euros l’hectolitre selon FranceAgriMer. Les lots de bouteilles étaient donc vendues près de dix fois leur prix.