Donald Trump, Etats-Unis, International, Non classé

Pourquoi vous devriez vous intéresser à l’élection du sénateur d’Alabama

L’Amérique a les yeux tournés vers l’Alabama qui doit choisir mardi 12 décembre son prochain sénateur, au terme d’une campagne folle qui a vu le favori accusé de d’attouchements sur mineurs.

 

Les bureaux de vote ont ouvert à 13 heures (heure française) ce mardi dans l’Alabama, cet Etat du sud-est des Etats-Unis. Trois millions d’électeurs sont invités à choisir leur prochain sénateur qui doit succéder au Républicain Jeff Sessions, devenu ministre de la Justice. Les démocrates sont représentés par Doug Jones, ancien procureur fédéral de 63 ans. Mais la campagne s’est surtout concentré sur le sulfureux républicain Roy Moore, 70 ans, ancien juge ultra-conservateur.

  1. Un candidat républicain accusé d’attouchements sur mineurs 

L’intérêt pour la campagne en Alabama a explosé le 9 novembre dernier, lorsque le Washington Post a publié les témoignages de quatre femmes, accusant Roy Moore d’attouchements et de harcèlement lorsqu’elles étaient mineures. Les faits remonteraient aux années 70. A cette époque, l’une d’entre elles n’avait que 14 ans et le juge la trentaine. Depuis les révélations du quotidien, neuf femmes ont dénoncé des “comportements inappropriés” de la part du républicain, qui selon leurs affirmations “pourchassait régulièrement des adolescentes”.

En plein scandale Weinstein, le scoop du Washington Post fait l’effet d’une bombe, alors que plusieurs hommes politiques américains ont été poussés à la démission à la suite de révélations scabreuses. Le parti républicain a enlevé à Roy Moore sa part de financement de campagne. Par ailleurs, les figures républicaines poussent le candidat à se retirer, ce qu’il refuse de faire.

Si les révélations ont un tel écho, c’est aussi parce que Roy Moore est connu dans tout le pays pour son moralisme et ses prises de position bien arrêtées. En 2003, il est démis de ses fonctions de président de la Cour suprême d’Alabama pour avoir ignoré le jugement d’une cour fédérale lui ordonnant de retirer du palais de justice une statue sur laquelle étaient taillés les Dix commandements. Réélu à la Cour suprême en 2012, il est une nouvelle fois suspendu quatre ans plus tard pour avoir demandé aux juges de son Etat de ne pas appliquer la décision de la Cour suprême fédérale validant le mariage gay.

Sur ce dernier sujet, Roy Moore expliquait son opinion en 2002 dans un jugement : “L’homosexualité est un crime contre la nature, le mal intrinsèque, un acte si abominable qu’il défie toutes les prescriptions”.

Ultra-opposé à l’avortement, défenseur invétéré du port d’armes, il considère également que les musulmans pratiquants ne devraient pas siéger au Congrès, l’islam étant selon lui une “fausse religion”. 

2. Un référendum pour ou contre Trump

Roy Moore a largement démenti les accusations qui lui étaient portées, reprochant aux médias d’être des colporteurs de “fake news”. Une des expression favorites de Donald Trump, qui est également accusé de comportements inappropriés avec des femmes.

Le président des Etats-Unis se retrouve d’ailleurs au centre de cette élection. Alors qu’il avait observé un silence gêné au début du scandale Moore, Donald Trump est devenu le premier défenseur du candidat, affichant notamment son soutien sur Twitter.

Le patronage de Donald Trump trahit aussi une certaine inquiétude de la part du président des Etats-Unis. C’est un siège du Sénat fédéral qui est en jeu, chambre où les Républicains sont majoritaires mais avec une très faible avance (52 sièges sur 100). Une défaite de Roy Moore réduirait donc encore plus la marge de manœuvre législative du président.

3. Le suspense à son comble 

Un échec de l’ancien juge serait d’autant plus cuisante que l’Alabama est un Etat largement conservateur et religieux, qui paraît imperdable pour les Républicains. En 2016, les électeurs ont voté à 61,1% pour Donald Trump contre 34,4% pour Hillary Clinton.

Et pourtant, le combat promet d’être très serré. Un sondage Fox News, donnait Doug Jones vainqueur avec 50% des intentions de vote, contre 40% pour son adversaire républicain. Dans le même temps, le site Real Clear Politics met Roy Moore en tête avec une avance de 2,2 points. Le suspense devrait prendre fin dans la nuit de mardi à mercredi (heure française).