Un rassemblement bien mal engagé pour Laurent Wauquiez

L'élection de Laurent Wauquiez à la présidence des Républicains a provoqué le départ de Xavier Bertrand. L'unité du parti est mise à mal.

Depuis l’élection présidentielle, le président de la région Hauts-de-France observait un silence religieux. Il fallait attendre, voir où le bouleversement du paysage politique imposé par Emmanuel Macron allait mener la droite. Finalement l’élection de Laurent Wauquiez à la tête des Républicains a fait sortir du bois Xavier Bertrand lundi soir, sur le plateau du JT de 20 Heures de France 2.

Cette figure de la droite sociale y a annoncé son départ du parti, justifié en une sentence : “Je ne reconnais plus ma famille politique.” En creux, Xavier Bertrand accuse Laurent Wauquiez de marcher sur les plate-bandes de Marine le Pen. Une position qu’il juge intolérable, “une dérive” exprimée par le refus du nouveau chef de la droite de donner une consigne de vote en faveur d’Emmanuel Macron à l’issu du premier tour de la présidentielle.

Le départ de Xavier Bertrand contribue à une aggravation de la crise en cours au sein de Républicains à la recherche d’un positionnement, coincés entre La République en marche et le Front national. Au-delà des questions d’egos, la fracture porte d’abord sur la ligne politique.

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Modérés contre décomplexés 

D’un côté, les figures d’une droite “modérée”, prise au sens large, qui rassemble aussi bien les gaullistes, les centristes et les libéraux. Une droite qui a su s’unir au moment de la création de l’UMP en 2002, ancêtre des Républicains, que Xavier Bertrand dit ne plus reconnaître aujourd’hui.

De l’autre, les défenseurs d’une droite plus “décomplexée”, qui met en avant des sujets comme la laïcité ou l’identité et qui n’hésite pas non plus à s’allier avec Sens commun, l’émanation politique de la Manif pour tous. Certains lui reprochent également de draguer ouvertement les électeurs du Front national, tout en refusant systématiquement une alliance avec le parti de Marine le Pen. C’est la droite de Laurent Wauquiez, qui d’ailleurs n’emploie plus la formule consacrée de “droite et du centre” pour parler de sa famille politique. Comme s’il avait acté que le mouvement dont il vient de prendre la direction tenait plus du RPR que de l’UMP.

Et le nouveau président de faire un pari, celui de l’électeur de droite qui se retrouve dans la clarification de la ligne politique. Fini l’eau tiède. Son bon score (74,64%) à l’élection pour la présidence des Républicains démontrerait que le peuple de droite soutient une “droitisation” du parti. Autre preuve : la défaite d’Alain Juppé à la primaire pour désigner le candidat des Républicains à la présidentielle. A la place, les électeurs ont préféré François Fillon, un candidat à la ligne clairement libérale et conservatrice.

Ce pari politique pourrait cependant entraîner une réduction de l’assise du parti, avec des militants enthousiastes mais moins nombreux.

Éviter les défections massives 

Au soir de sa défaite, Maël de Calan, candidat à la tête des Républicains (9,25%) a évoqué un “décalage entre la ligne de notre parti et les aspirations des électeurs de la droite et du centre”. Une analyse justifiée par les échecs successifs aux élections présidentielle puis législatives, et par la chute du nombre d’adhérents. Au 30 juin 2017, 234 908 adhérents étaient à jour de cotisation, soit une baisse de 12,5% depuis 3 ans.

Laurent Wauquiez a bien appelé au rassemblement au soir de sa victoire. Il l’a répété le lendemain, au 20 Heures de TF1 : “Bien sûr que ce chemin va être dur et semé d’embûches (…) mais moi, je vais œuvrer pour le rassemblement, tendre la main à tous ceux qui de bonne foi, veulent travailler”.

Sa première difficulté, de taille, va être de limiter les défections annoncées dans la lignée de celle de Xavier Bertrand. Pour le moment, seul le maire de Roubaix Guillaume Delbar a décidé de le suivre, accompagné des vice-présidents de la région Hauts-de-France Franck Dhersin et Philippe Rapeneau.

Wauquiez aux députés LR :  “J’ai besoin de vous”

La question du départ se posera certainement pour d’autres personnalités “modérées” des Républicains. Gérard Larcher, le président du Sénat, a expliqué sur Radio Classique mardi matin son choix de rester membre du parti, avec sa “sensibilité gaulliste et sociale”, tout en appelant à une alliance avec le centre.

Les regards se tournent désormais vers Valérie Pecresse, présidente de la région Ile-de-France, qui devrait, sauf surprise, rester au sein des Républicains. Elle entend peser avec son mouvement “Libres”.

A moyen terme, l’échéance des élections européennes de 2019 inquiète, tant les divergences sont profondes. Alain Juppé ou Jean-Pierre Raffarin souhaiteront-ils partager les estrades des meetings avec un Laurent Wauquiez réclamant une refondation de l’Europe ?

Ce mardi 12 décembre, le nouveau chef des Républicains était invité à s’exprimer devant les députés de droite. “Venez comme vous êtes”, a proclamé l’ancien ministre, paraphrasant un slogan publicitaire. Avant de lancer un appel qui sonne comme une main tendue : “J’ai besoin de vous”.