De Levallois à Saint‐Quentin, Laurent Wauquiez peine à rassembler la droite

Malgré sa large victoire dimanche, Laurent Wauquiez ne fait pas l'unanimité. De la droite bourgeoise de Levallois-Perret à la droite populaire de Saint-Quentin, le nouveau patron du parti Les Républicains peine à convaincre.

À Levallois‐Perret dans les Hauts‐de‐Seine, entre les chalets et les sapins du marché de Noël “100% made in France” installé dans les jardins de la mairie, les quelques passants se saluent, discutent, comme sur la place du village. Mais s’il est bien un sujet en vogue dans cette ville de la droite bourgeoise, c’est l’élection de Laurent Wauquiez.

“Je suis de droite depuis toujours”, affirme Alain, 72 ans. Mais depuis l’élection du nouveau chef de file du parti Les Républicains, il ne se “reconnaî(t) plus dans le parti”. “Je n’ai pas confiance en lui, confie‐t‐il. C’est un personnage opportuniste”. Le retraité se revendique plutôt de la droite gaulliste, “ouverte et modérée”.

Un “carriériste fumeux”

Muriel, 58 ans, est du même avis. “Laurent Wauquiez me fait peur. Il est agressif”, lance‐t‐elle avec conviction. Elle ajoute : “Il flirte avec le Front national, ce n’est pas l’idée que je me fais de la droite”. Elle invoque la figure de Nicolas Sarkozy. Certes, “il a magouillé un peu, mais c’était un “grand président”.

L’ombre de l’ancien chef de l’État plane toujours à Levallois. Michel, 63 ans encense son “vrai charisme”. Paul vante une  “prestance à la De Gaulle”. Les Levalloisiens sont nostalgiques. Jean‐Marc, 49 ans, qualifie lui Nicolas Sarkozy d’ ”homme de conviction”, l’opposant ainsi à Laurent Wauquiez qui ne serait qu’un “carriériste fumeux”. Même le soutien affiché de l’homme fort local, le maire Patrick Balkany, ne suffit pas à emporter l’adhésion des sympathisants de droite.

“Il lui manque les valeurs de solidarité du Nord”

Le patron de LR fraîchement élu ne fait guère meilleure impression à Saint‐Quentin, dans l’Aisne, bastion d’une droite plus populaire. Xavier Bertrand en était maire entre 2010 et 2016, avant de devenir président de la région Hauts‐de‐France. “Je ne reconnais plus ma famille politique”, a‐t‐il déploré lundi soir en claquant bruyamment la porte de LR.

Un constat largement partagé par ses concitoyens. Dans la commune aussi, un marché de Noël anime les abords de l’Hôtel de Ville. Dans son chalet, Etienne Coste, nougatier de 56 ans, ne digère pas les résultats de l’élection de dimanche. “Xavier Bertrand a pris la bonne décision en quittant LR, affirme‐t‐il. Laurent Wauquiez est sur une ligne politique trop à droite. Il lui manque les valeurs de solidarité du Nord.”

À quelques mètres du chalet du père Noël, Michèle, 76 ans, attend son petit fils venu s’amuser à la patinoire. Pour cette Saint‐Quentinoise de toujours, celui qu’elle appelle “mon maire” n’aurait pas dû attendre l’élection pour quitter LR. “Maintenant, Wauquiez ne va pas lui faire de cadeau”, reegrette‐t‐elle.

De Levallois à Saint‐Quentin, Laurent Wauquiez peine à convaincre les sympathisants. Un paradoxe, puisqu’il a survolé l’élection à la présidence de Les Républicains en recueillant plus de 74% des suffrages (73 554 voix). Preuve que pour rassembler l’intégralité de son camp au‐delà de ses militants, le nouveau président du parti va devoir infléchir sa posture.