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Birmanie : les clés pour comprendre l’épuration des musulmans Rohingyas

Depuis le mois d’août, ils sont plus de 640 000 Rohingyas à avoir fui les persécutions en Birmanie. 6 700 ont été tués le premier mois du conflit, considéré par l’ONU comme une épuration ethnique. 

“Des décennies de violations persistantes et systématiques des droits de l’homme”. C’est ce que le Haut-Commissariat de l’ONU dénonçait en août dernier concernant la situation en Birmanie, où un “nettoyage ethnique” est en cours dans l’Ouest du pays. C’est là que la minorité musulmane des Rohingyas est persécutée par la majorité bouddhiste au pouvoir. Environ 640 000 d’entre eux ont fui vers le Bangladesh, dont la frontière se transforme peu à peu en vaste camp de réfugié. 6 700 ont été tués le premier mois du conflit, selon un rapport de Médecins sans Frontières paru aujourd’hui. Zoom en quatre questions clés sur l’une des minorités les plus persécutées au monde et dont la cause émeut la communauté internationale.

Qui sont les Rohingyas ?

Les Rohingyas sont une minorité musulmane de Birmanie, vivant dans l’État de l’Arakan, l’un des plus pauvres du pays. On estime leur nombre à 1 million sur une population de 3 millions de personnes dans l’Arakan. Certains sont là depuis plusieurs générations, mais le pays refuse de les régulariser ; ils sont apatrides.

En cause, une loi birmane de 1982, héritée de la junte militaire, qui a dirigé le pays d’une main de fer entre 1962 et 2011. Elle spécifie que seuls les groupes ethniques en mesure de prouver leur présence sur le territoire avant 1823 — soit avant la colonisation britannique — peuvent obtenir la nationalité birmane.

Les persécutions ont commencé il y a environ soixante-dix ans, avec l’indépendance de la Birmanie au lendemain de la seconde guerre mondiale. Mais la montée du nationalisme bouddhiste ces dernières années a attisé l’hostilité à leur encontre. Pour les Arakanais, et la majorité des Birmans, les Rohingyas sont des migrants illégaux désignés par le terme “Bengalis”. Ils ne parviennent pas à se faire accepter par les Bamars, la majorité bouddhiste, qui considèrent que cette minorité est arrivée récemment sur leurs terres, sans tenir compte d’un creuset de population qui remonte à plus d’un millénaire, selon les experts.

Pourquoi y a-t-il une crise ?

Les troubles ont débuté le 25 août avec les attaques coordonnées de plusieurs dizaines de poste-frontières birmans par les rebelles de l’Arakan Rohingya Salvation Army (Asra), équipés de machettes et de couteaux. À la suite de ces violences, les Rohingyas ont subi les représailles de l’armée birmane, qui mène une campagne de répression, contraignant des milliers d’entre eux à fuir. La junte affirme que près de 400 Rohingyas auraient été tués pendant les combats, quand MSF en dénombre 6 700.

Comment réagit la communauté internationale ?

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a dès le début de la crise appelé la Birmanie à “suspendre les opérations militaires contre la minorité Rohingya”, considérant que les autorités se livraient à un nettoyage ethnique. Les membres du Conseil de Sécurité avaient appelé le gouvernement birman à “tenir ses engagements de faciliter l’aide humanitaire dans l’Etat Rakhine (aussi appelé Arakan)”. 

Mais si le 23 novembre, le Bangladesh et la Birmanie ont convenu d’un accord pour encadrer le retour des réfugiés, le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a estimé que les conditions n’étaient pas réunies pour assurer un retour “sécurisé et durable” dans l’État de Rakhine. En effet, les réfugiés continuent à fuir en dénonçant exactions et viols.

Enfin, le Parlement européen, qui a demandé à l’armée birmane de “cesser immédiatement” ses violences contre les Rohingyas, a interpellé la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi en agitant la menace de lui retirer le prix Sakharov pour les droits de l’homme qu’il lui avait décerné en 1990. L’ex-dissidente et prix Nobel de la paix, sous le feu des critiques à l’international pour sa position ambiguë sur le sort de cette minorité, ne contrôle pas l’armée. Étant ministre des Affaires étrangères, elle n’a que peu de regard sur cette entité qui reste extrêmement puissante et indépendante en Birmanie.

Pourquoi la situation est urgente ?

Il y a clairement une urgence humanitaire. Le Bangladesh compte parmi les pays les plus pauvres du monde et ne peut pas affronter seul une crise de cette dimension. Les autorités ont même songé à installer ces milliers de Rohingyas sur une île dans le golfe du Bengale.

Le secrétaire général de la fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), Elhadj As Sy, a lancé en octobre un appel au triplement des fonds d’urgence prévus initialement, après une visite dans les camps bangladais où s’entassent des centaines de milliers de réfugiés rohingyas, dont de nombreux enfants. Il a dénoncé “un désastre humanitaire d’une ampleur inégalée dans la région”, pointant le manque d’eau, de nourriture et de conditions sanitaires satisfaisantes.

Fin novembre, la “Love Army”, un mouvement de solidarité mené par Omar Sy et Jérôme Jarre, s’est mobilisée au Bangladesh afin d’aider ces réfugiés. Ils ont réussi à récolter plus de 1,5 million de dollars en 48 heures.