Politique

Délocaliser Matignon, une première avant tout symbolique

Edouard Philippe déplace le cabinet de Matignon à Cahors (Lot) pendant 48 heures, accompagné de treize ministres. Le transfert, de courte durée, doit permettre au gouvernement d’afficher un lien rétabli avec les élus locaux.

Sans doute très inspiré par Emmanuel Macron, le Premier ministre Edouard Philippe veut montrer qu’il sait aussi manier les symboles. Pour la première fois, un chef de gouvernement délocalise Matignon pendant deux jours. Les valises remplies de dossiers d’Edouard Philippe se sont posées mercredi 13 décembre au soir, à Cahors, préfecture du Lot de 130 000 habitants.

L’ancien maire du Havre, accompagné de treize de ses ministres, participe à la deuxième conférence des territoires, une instance de dialogue entre l’Etat et les collectivités locales. L’occasion pour lui de formuler plusieurs promesses en direction des territoires ruraux et des villes moyennes. Une enveloppe de 100 millions d’euros va être débloquée pour un Internet à très haut débit dans toutes la France d’ici 2022. Les 13 milliards d’euros d’économies demandés aux territoires seront supportés d’abord par les grandes villes. Enfin d’autres mesures pour la revitalisation des centre-ville doivent être annoncés dans les prochains jours.

La délocalisation de Matignon répond d’abord à un objectif : sortir de Paris, afficher le lien avec ces Français qui n’habitent pas dans les métropoles, montrer que le dialogue avec cette majorité silencieuse dont on ne parle qu’au moment des élections, n’est pas rompu. Mais la volonté de ne pas se laisser enfermer dans les dorures de la République est la marotte de tous les exécutifs de la Ve République. D’ailleurs, l’idée de délocaliser un temps le pouvoir n’est pas vraiment une nouveauté.

Pendant son septennat, Valéry Giscard d’Estaing a déplacé à trois reprises le Conseil des ministres : à Lyon, à Evry et à Lille. Une initiative renouvelée une trentaine d’années plus tard par Nicolas Sarkozy, cette fois-ci à Strasbourg et à Ajaccio. Une ville d’outre-mer était un temps envisagée, mais le coût du déplacement a dissuadé l’Elysée.

“Exactement comme à Paris, mais dans une autre ville”

Dans une moindre mesure, la délocalisation d’un ministère en province répond aussi à ce besoin de dépasser la frontière du périphérique parisien. La dernière en date à l’avoir fait était Najat Vallaud-Belkacem en 2012, alors porte-parole du gouvernement, qui a résidé pendant quelques jours à… Cahors. En 2007, Christine Boutin, ministre du Logement, avait choisit de déplacer son ministère à Lyon pendant trois jours. Une initiative très critiquée à l’époque, notamment à cause du coût de ce déplacement : 300.000€. L’ancienne ministre juge aujourd’hui très sévèrement la délocalisation du pouvoir : “Honnêtement ça ne sert à rien, ce n’est que de la communication. J’étais présente aux deux délocalisations des conseils des ministres sous Sarkozy. Cela nous a pris énormément de temps et demandé une organisation énorme.”, confie l’ex-présidente du parti chrétien-démocrate qui s’est récemment mise en retrait de la vie politique. Et d’ajouter comme une évidence : “En soit, on faisait exactement comme à Paris, mais dans une autre ville.”

Le coût et l’utilité du déplacement d’Edouard Philippe ne manqueront pas d’être relevés par l’opposition. Pour l’heure, aucun chiffre de dépense n’a été avancé par les services du Premier ministre, qui préfère rappeler qu’il y a quelques mois encore, il était maire du Havre.